Avec l'engagement français en Libye et les nouvelles prérogatives de l'Opération Licorne en Côte d'Ivoire, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le coût des opérations militaires en cours, qu’il s’agisse d’acteurs politiques ou médiatiques.
Jeune journaliste issu de l'école géopolitique, j'ai quelques marottes, comme les libertés numériques, le LOL et les enquêtes à tiroirs. Embarqué dans la Soucoupe depuis août 2010, je collabore également à Slate.fr, Snatch et Technikart. Disclaimer: je porte des chemises à carreaux.
Avec l’engagement français en Libye et les nouvelles prérogatives de l’Opération Licorne en Côte d’Ivoire, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le coût des opérations militaires en cours, qu’il s’agisse d’acteurs politiques ou médiatiques. Facteurs exogènes de la vie politique et budgétaire, ces interventions imprévues – par définition – posent de nouveau la question fatidique: peut-on estimer pertinemment le coût d’une guerre?
D’emblée, ce débat a agité la rédaction d’Owni, chacun avançant des arguments pour justifier ou récuser cette démarche. Nicolas Kayser-Bril, notre datajournaliste en chef, pense qu’il est “fondamental“ de mettre un prix sur un conflit:
On dépense de plus en plus pour tuer le moins possible, mais vu que l’on cherche à limiter les morts inutiles, on se retrouve avec des coûts exorbitants par ennemi abattu.
Une position que l’on retrouve dans des exemples très concrets. Quand l’armée américaine décide d’éliminer un taliban baloutchi à l’aide d’un drone Predator, elle opte pour une tactique ciblée qui cherche à bannir tout dommage collatéral (ce qui ne marche pas toujours, d’ailleurs). En 2007, le colonel Michel Goya avait tenté d’évaluer le “prix” d’un ennemi d’Israël pendant la guerre du Liban de 2006. Ses conclusions? Chaque militant du Hezbollah abattu coûtait 10 millions d’euros à Israël.
Sylvain Lapoix, notre M. Politique, a avancé un argumentaire différent, en pointant les dangers d’une approche purement économique, qui serait cynique et à double tranchant:
C’est exactement ce qu’avait fait Sarkozy pour faire culpabiliser les familles des deux journalistes enlevés en Afghanistan, “donnez les chiffres”. La suite logique c’est: “Combien ça a coûté de sauver tant de vies?” ou “combien ça coûte d’aider à l’instauration de la démocratie?”
En filigrane, un ratio a fini par émerger et faire consensus: le rapport entre le coût des opérations militaires et leur bénéfice, le seul qui permette réellement de faire le choix d’entrer en guerre ou non. Auditionné par la Commission de Défense de l’Assemblée nationale le 5 avril, le ministre de la Défense Gérard Longuet a précisé son point de vue, assez symptomatique de l’approche du gouvernement sur le sujet:
Une intervention est nécessairement coûteuse, une absence d’intervention l’est sûrement plus encore [...] L’important, ce n’est pas le coût, c’est le surcoût.
Et d’insister sur le fait que l’offensive libyenne est aujourd’hui “bien en deçà” du budget prévisionnel des OPEX, évalué à 900 millions d’euros, légèrement moins que le coût de la guerre en Afghanistan. Dans le climat tendu de la RGPP (révision générale des politiques publiques), le ministre a tenu à rappeler qu’une rallonge budgétaire ne viendrait pas entamer l’enveloppe globale, 31,2 milliards d’euros pour l’année 2011.
Le cadre “idéologique” posé, il faut essayer d’identifier des indicateurs significatifs. Voici déjà quelques ordres de grandeur:
Aux Etats-Unis, le Congressional Research Service a déjà fourni ses premières estimations, chiffrant l’intervention libyenne entre 400 millions et un milliard de dollars. Pour la seule US Air Force, l’offensive aurait coûté 75 millions de dollars. En France, tout est encore flou. Certains avancent un montant d’environ 20 millions d’euros, qui devra probablement être réhaussé lors d’une audition d’ores et déjà programmée par la Commission: Longuet a confirmé le tir de 11 missiles Scalp, qui représentent à eux seuls plus de 10 millions d’euros.
Ces chiffres pourraient être considérés comme minimes s’ils étaient corrélés aux pertes des forces de Kadhafi. Mais c’est là tout le problème. En Côte d’Ivoire, les frappes des Casques bleus et des forces françaises ont ciblé le siège de la RTI, la télévision acquise au clan Gbagbo. En Libye, personne n’est capable de quantifier les pertes des loyalistes, alors même que les rebelles n’avancent pas au sol. Même avec des données précises, il manque un référent essentiel pour appréhender pleinement la situation.
Dans l’attente d’informations complémentaires qui permettraient de visualiser de façon plus exhaustive l’impact budgétaire des opérations extérieures menées par la France, n’hésitez pas à nous proposer vos idées.
Merci à Pierre Alonso pour son aide précieuse dans la collecte des données.
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Crédits photo: Flickr CC fanaviation
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Petite coquille=>”les familles des deux journalistes enlevéS en Afghanistan”
@Temporalior: Merci de votre vigilance, c’est corrigé.
OT
vous avez écrit :”En Côte d’Ivoire, les frappes de l’OTAN ont ciblé le siège de la RTI, la télévision acquise au clan Gbagbo.” l’OTAN n’est pas intervenu en Côte d’Ivoire mais l’armée française et les casques bleus.
@mikel: Vous avez raison, l’élan libyen m’a emporté, l’erreur est corrigée…
OT