Des départements connaissent une pénurie de médecins généralistes, corrélés avec la densité des plus de 60 ans ou la richesse de leurs habitants, des coins de la France sont d'autant plus sinistrés. Où habiter pour être vite soigné ?
Après quatre ans de journalisme médias internet, papier et radio, j'ai débarqué dans la soucoupe. Dans mes valises : un brin d'études de médecine, une licence de sociologie et d'anthropologie à Paris 7 Diderot et un master Pratique de l'Inter-Disciplinarité à l'ENS Paris.
On connaissait déjà l’existence des déserts médicaux français, les régions “sinistrées”. Ces dernières années le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) estime que l’offre de soins s’est dégradée en quantité. 2 médecins généralistes s’installent quand 25 partent en retraite selon Patrick Romestaing, président de la section Santé Publique du CNOM.

Certaines régions ont vu la moitié de leurs cabinets fermer, notamment en région Nord-Pas-de-Calais. MGFrance, le premier syndicat de généralistes, explique dans un communiqué que si les conditions d’installation ne sont pas modifiées :
à l’horizon 2025 il y aura moins de 23 000 généralistes en cabinet contre 56 000 aujourd’hui.
Il s’avère que l’Atlas national du Conseil de l’Ordre des Médecins montre qu’il existe un ratio médecins entrants-médecins sortants de 0,24 (soit 1,8 médecins – toutes spécialités confondues – entrants pour 6,6 sortants). Le problème : l’activité libérale ne semble pas assez sexy pour les étudiants en médecine. 8,6% des nouveaux inscrits à l’Ordre entre janvier et décembre 2009 a choisi ce mode d’installation. Une étude du CNOM précise que :
Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la recherche d’une rémunération conséquente ni celle de temps libre qui prime dans le refus de l’installation, mais bien les problèmes d’organisation du travail et le poids des charges administratives. Les médecins retraités remplaçants jouent un rôle important en matière de continuité des soins. Ils attirent cependant l’attention sur le niveau de leurs charges sociales.
Les généralistes fuient-ils les zones plutôt pauvres et accourent-ils vers les départements les plus riches ?
En se focalisant sur la médecine générale, les déserts médicaux corrélés avec la population, se retrouvent sur cette carte. Et il suffit de se balader sur la France en dessous (clic + scroll + clic) pour découvrir les coins abandonnés :
La Manche, l’Eure, l’Eure et Loir, la Haute Marne et la Corrèze sont les départements les plus désertés. Par exemple, l’Eure compte un médecin pour 2.728 patients contre un médecin pour 869 patients dans le Rhône. La moyenne nationale étant de 1.322 patients par médecin. Patrick Romestaing explique que :
Les zones où la densité médicale est basse, l’âge des médecins est généralement élevé et le nombre de femmes inférieur à la moyenne nationale. Mais l’augmentation de la densité ne veut pas forcément dire diminution de l’activité. En général, les personnes âgées sollicitent plus leur médecin.
Si l’on croise la population de généralistes avec le nombre de personnes âgées, les déserts sont-ils les mêmes ? Pas tout à fait puisqu’on retrouve la Manche, l’Eure, l’Eure et Loir, la Haute Marne et la Corrèze auxquels il faut ajouter la Nièvre, la Creuse et la Lozère.
Maintenant en regardant le revenu médian par département, la carte suivante montre que la corrélation “les médecins vont vers les zones riches” peut se vérifier pour certains départements :
Il faut alors croiser les différentes cartes pour constater que :
- La corrélation pauvreté et désert médical se vérifie pour la Manche, la Haute Marne et la Corrèze
- Celle entre la pauvreté relative des départements et la densité forte de généralistes se localise dans le Pas de Calais, la Somme et l’Hérault
- Et enfin le lien entre département plutôt riches et densité médicale importante est vérifié pour Paris et région parisienne, la Gironde, les Pyrénées Atlantiques et le Doubs
Le cas de l’Eure et celui de l’Eure et Loir est un mystère non élucidé à ce jour : deux départements plutôt aisés mais en pénurie de médecins. Toute explication est la bienvenue !
- Trois tableaux Excel ont été construits à partir de trois sources différentes : les données INSEE de la démographie par département en 2009, celles sur le revenu fiscal médian et les chiffres du CNOM et de son atlas 2010 de la démographie médicale.
- La conversion de l’atlas en format PDF a été réalisée grâce à Abbyy Fine Reader pour récupérer les données en format Excel. Il a fallu corriger certains résultats (notamment en créant une colonne supplémentaire entre “hommes”, “femmes” et “total” pour vérifier si le total de la transcription PDF correspondait à la formule créée dans la colonne ajoutée = hommes + femmes).
- Les cartes ont ensuite été “fabriquées” par TargetMap en uploadant les tableaux excel. La première est simple : une colonne département et une autre revenu médian. La deuxième est construite à partir du nombre de généralistes de l’atlas du CNOM croisé avec la population par département pour obtenir un ratio nombre de patients par médecin (et deux colonnes : les départements et la densité de généralistes). Et enfin la dernière carte est réalisée sur le même principe, en remplaçant la population totale par la population des plus de 60 ans fournie par l’INSEE.
- L’erreur fatale (à ne pas faire donc) : mélanger deux types de données. En reprenant l’atlas médical du CNOM, j’avais un nombre de médecins pour 100.000 habitants et par région. Pour obtenir le “un médecin pour X habitants et par département”, un petit produit en croix suffit. Stupeur, ce que la carte dit et le résultat du produit en croix ne tenait pas. Après vérification, sur l’atlas du CNOM, l’analyse par région correspond aux médecins généralistes ET spécialistes. Et donc ne pouvait absolument pas correspondre.
Sinon, on peut croiser tout un tas de choses !
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Illustration Flickr CC Zigazou76
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Bonjour
Belle analyse. En fait, le désert est partout. On croit souvent que certaines zones sont surdotées et d’autres désertiques. En fait, le désert est la règle, et les oasis sont de plus en plus rares.
De façon amusante, votre interlocuteur, Patrick Romestaing, qui “gère” ce problème au conseil de l’Ordre, n’est pas neutre dans ce débat. Il s’est illustré récemment en harcelant un confrère généraliste réquisitionné illégalement tous les premiers de l’an pendant plusieurs années.
Ces comportements dépassés participent beaucoup à la désaffection des jeunes pour l’exercice libéral.
http://www.sauvonstarpindelordre.com/
Bonjour,
je suis beaucoup plus pessimiste, toutes les projections ne tiennent pas compte des départs anticipés à la retraite ou vers le secteur remplacements/salariat; ces “dévissages” de plaques sont de plus en plus nombreux et vont s’accélérer avec les nouvelles contraintes instituées par les Parlementaires comme la déclaration obligatoire des congés aux conseils de l’Ordre !!! Rajouté aux harcèlements de caisses le secteur libéral est devenu un véritable repoussoir pour les jeunes et va se vider en moins de 10 ans et quand je vois 2 syndicats de médecins CSMF et SML refuser la présence des syndicats de jeunes médecins aux négociations conventionnelles qui s’ouvrent alors que ce sont eux qui sont concernés, je comprends qu’ils ne trouvent pas “sexy”, comme vous le dites, l’exercice en libéral !
Quand les français se réveilleront il sera malheureusement trop tard, en attendant la politique de santé en France est aux antipodes de ce qu’il faudrait faire en termes de santé publique.
Dr Marcel Garrigou-Grandchamp Président d’Union Généraliste Rhône Alpes.
Une autre réflexion, prospective. A supposer, je dis bien “à supposer”, qu’un crash financier fasse exploser les finances publiques et notre protection sociale. La situation actuelle s’inverserait brutalement :
- Des patients désolvabilisés consulteraient beaucoup moins, notamment pour les maladies chroniques (on peut prendre sa tension soi-même, et le web communautaire prendrait une place encore plus importante dans la santé).
- Les médecins retraités, ruinés par l’hyperinflation qui réduirait leurs retraite à néant, reviendraient en masse sur le marché du travail.
Nous nous trouverions alors dans une situation de forte surdensité médicale par rapport à la demande solvable.
Des prévisions au-delà de 2013 paraissent actuellement très audacieuses.
[...] Billet initialement publié sur le datablog d’OWNI [...]
Bonjour
Petit point sur la méthodologie : superposer des cartes pour établir des corrélations me semble périlleux.
Par exemple, je suis à peu près persuadé que vous pouvez superposer la carte des déserts médicaux avec une carte des enseignes McDo ou des clubs d’aéromodélisme et je pense qu’il ne vous viendrait pas à l’idée d’imaginer un rapport de cause à effet.
En d’autres termes, qu’est-ce qui vous fait imaginer que le niveau de vie est un critère de jugement pertinent pour fonder une analyse ?
@ Dominique Dupagne et Marcel Garrigou-Grandchamp, merci pour vos éclaircissements.
@ 314R : au niveau méthodologie, il ne s’agit pas de superposer les cartes mais d’essayer d’en dégager certaines “tendances”. Et je doute que l’hypothèse : les médecins sont installés dans les zones à forte densité de macdo tienne la route en effet.
La logique ressources de la population / densité médicale est en revanche à mon sens plus pertinent. Cela n’explique pas tout et ne permet pas de dire “c’est pour ça que les déserts médicaux existent” mais éclaire certains points.
Pour construire une analyse, il faut une hypothèse, à choisir parfois de façon arbitraire, j’ai choisi celle-là. Peut-être que j’essaierai de croiser macdo et obésité la prochaine fois ou club d’aéromodélisme et âge de la population …
Héhé, des analyses intéressantes en perspective…
Non plus sérieusement, le problème vient justement de l’hypothèse de départ qui n’est pas neutre et qui a toutes les chances de vous égarer, si je peux me permettre.
Quoique vous en pensiez, il y a une forte probabilité de trouver une corrélation entre l’implantation des mcdo (ou un autre critère a priori absurde, peu importe) et celle des médecins. Si vous considérez le niveau de vie médian comme un critère plus pertinent, c’est parce que votre hypothèse de départ n’est pas qu’il existe un lien entre ces données, une simple corrélation, mais plus précisément parce que vous cherchez un rapport de cause à effet : le niveau de vie de la population pourrait être le facteur déclenchant de l’installation des médecins.
Pourtant, rien dans votre analyse ne permet d’étayer ce rapport de causalité : qu’est-ce qui vous permet de penser que niveau de vie et densité médicale ne sont pas 2 effets d’une même cause (au hasard : une désindustrialisation, une politique rurale catastrophique, le désinvestissement de la puissance publique dans ces zones sinistrées…), 2 phénomènes concomittants certes liés mais pas forcément par un rapport de causalité ?
Donc, pour résumer :
- vous posez comme hypothèse qu’un critère d’installation des médecins pourrait être le revenu de vie médian.
- vous parvenez à montrer qu’il existe un lien entre les deux mais…
- …mais comme on l’a vu, vous êtes dans l’impossibilité de montrer la nature de ce lien (cause à effet ? effets concomittants d’un même cause ?)
- et c’est là que précisément il y a un risque de s’égarer : les “tendances” que vous observez ont pour seules conséquences de ne pas invalider votre hypothèse de départ, et n’apportent aucun élément de confirmation. Vous ne pouvez pas prétendre tenir l’ombre du début d’une explication même partielle sur la désertification… vous avez peut-être raison… mais peut-être pas…vous admettrez qu’on a fait mieux comme “éclairage”.
Bon, j’espère avoir été plus clair que dans mon premier commentaire laconique, et merci pour votre travail.
Bravo pour ce travail de stats très utile par les temps qui courent.Pour l’Eure et l’Eure et Loire, je sèche, quoique Nice, Marseille, Aix ou Bordeaux nettement plus “au chaud”…. Les économistes et statisticiens de l’INSEE avait pointé du doigt ( Prouvé ? )le lien entre démédicalisation et zones à fortes désindustrialistion, forts taux de délocalisations industrielles ou de services.
Les gémissements des libéraux me font sourire, leurs arguments aussi : “à l’acte” et “libre”… Au Danemark les généralistes ont un revenu équivalents à ceux des spécialistes, ils sont payés de façon forfaitaire, ils n’ont pas de problèmes de garde, leur charge de travail est bien inférieure, les hôpitaux, surtout leurs urgences, n’explosent pas sous des demandes infondées, les installations ne sont pas libres en matière de localisation, le travail se fait dans des maisons polymédicalisées, ils râlent beaucoup moins que les Gaulois…
Cher D. Dupagne : la campagne picarde semble moins attirante que la Cote d’Azur !
tous le monde sait pertinemment bien que dans les 10 ans a venir ce sera panique a bord , aussi bien en ce qui concerne la médecine libérale qu’hospitalière , les généralistes que les spécialistes sans parler de la chirurgie … mais chut ! dormez tranquille braves gens … pourtant informer le grand public serait quand même la moindre des choses : il y a des endroits en france carrément dangereux pour les personnes agées et de façon plus général pour tous ceux qui ont des problèmes de santé …