Alors que les rumeurs de restructuration de la dette grecque s'intensifient, les inquiétudes montent sur l'exposition financière des banques françaises. Que disent les chiffres à ce sujet ?
Passionné d'internet, d'économie et de politique, je m'intéresse particulièrement à la crise financière, aux nouveaux modèles économiques, aux monnaies alternatives et à tout ce qui participe à l'émergence d'une nouvelle économie post-capitalisme. J'ai fait partie de l'équipe d'owni de janvier à juin 2011, avant de prendre mon envol vers d'autres cieux médiatiques. Je blogue également sur Tête de Quenelle !, mon espace d'expression personnel.
Près d’un an après le plan de sauvetage de 110 milliards d’euros échafaudé par l’Union Européenne et le FMI pour sauver la Grèce d’une banqueroute, le pays est de retour sous les feux de l’actualité économique. Malgré une réduction du taux d’intérêt ainsi que de multiples mesures d’austérité, le déficit s’est encore accru en 2010, si bien que la presse commence à être unanime : une restructuration de la dette souveraine de la Grèce est à prévoir. Selon Der Spiegel, la Grèce serait même en train d’envisager de sortir de l’euro. Rien que ça.
L’heure des grands comptes approche à grands pas, et certains questions sont sur toutes les lèvres : qui va payer ? Est-il vrai que les banques françaises seront les premières à trinquer ?
Les statistiques de la Banque des règlements internationaux (BRI) permettent de se faire une idée de la situation, et ainsi de répondre – dans les grandes lignes – à ces questions.
Les rapports trimestriels de la BRI nous fournissent une image à un instant t des différents engagements financiers des banques, notamment vis à vis de l’étranger. À partir de là, nous pouvons connaitre quels sont les pays les plus exposés à l’économie d’un pays – ici la Grèce – via leurs créances accordées aux divers agents économiques de ce pays.
Voici un graphique représentant les créances des banques françaises ou étrangère accordées à la Grèce au 31 décembre 2010 :
Que disent ces chiffres ? Avec 39,6 milliards d’euros, les banques françaises sont effectivement les plus exposées d’Europe, avant l’Allemagne. À elle seule, la France pèse pour 38,5% des engagements grecs ! Sans compter que ces chiffres ne révèlent pas les pertes déjà supportées avant décembre 2010. En effet, en s’appuyant sur les mêmes chiffres de la BRI, Le Figaro a montré récemment que par les banques françaises ont allégé leurs portefeuilles d’actifs grecs depuis 2009, par crainte que la situation empire.
Il faut néanmoins relativiser ces chiffres. 40 milliards d’euros est un chiffre global qui inclut différents types d’actifs dont les niveaux de risque sont très différents. On distingue principalement les dettes souveraines de la Grèce des autres actifs financiers tels que des des obligations à des entreprises grecques, des garanties collatérales, ou d’autres produits d’assurance, qui ne seraient pas directement touchées par un défaut de paiement du gouvernement grec. Sauf si les banques grecques elles-même faisaient défaut. Mais nous n’en sommes pas (encore ?) là…
On estime à environ 12 milliards d’euros le montant des bons du trésor grecs détenus par les banques françaises. Ainsi, si la Grèce restructurait sa dette de 70% (une hypothèse haute), les banques françaises perdraient 8,5 milliards d’euros, ce qui représente environ 1,7% du total des créances étrangères des banques françaises comme le montre le graphique suivant :
Il faut ajouter à cela les pertes potentielles directes de l’État français, qui s’est engagé à prêter pas moins de 16,8 milliards d’euros à l’État grec dans le cadre du plan de sauvetage conclu avec l’Union Européenne et le FMI l’année dernière. Environ la moitié de cette somme ayant été déjà versée, une restructuration de 70% de la dette grecque pourrait donc coûter à l’État français un pécule de 6 milliards, soit 0,38% de la dette publique de la France.
Je me suis amusé à faire quelques projections des pertes potentielles pour l’économie française, en fonction de différents scénarios :
Voici ce que cela donne :
Selon mes calculs, les pertes pour la France se chiffreraient donc entre 10 et 30 milliards d’euros. Chiffres à prendre avec des pincettes, mais qui représenteraient un peu plus de 1,5% du PIB de la France. Somme non-négligeable certes, mais qui serait loin de provoquer la catastrophe que certains prédisent.
A moins que – et c’est ce que les analystes redoutent le plus – l’Irlande, le Portugal ou même l’Espagne suivent la Grèce dans cette direction. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler prochainement. En data, bien sûr.
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Pas mal, les graphiques sont bien réalisés et clairs.
Deux remarques :
1) Quand on parle en % on ne précise pas d’unité, ça n’a pas de sens. En $ ou en € le % reste le même pour un instantané à l’instant “t”.
2) Quand on parle de la zone Euro, on parle en €. Pas en dollars. Ce qui n’a rien à voir. Le $ pour mémo est la monnaie SOUVERAINE des USA, qui en fabriquent autant qu’ils le souhaitent, en suivant ou pas des règles de fonctionnement selon les circonstances, tandis que l’€ est la monnaie SOUVERAINE de la zone € ayant les mêmes caractéristiques.
Si par exemple la dette Grecque étant en € le dollar venait à grimper, la dette Grecque diminuerait en nombre de $. Pareil si elle était estimée en lingots d’or. L’or venant à monter en €, et la dette étant en €, on aurait alors :
Si $(€,t+dt) > $(€,t) et OR(€,t+dt) > OR(€,t) alors
Dette ($,t+dt) < Dette ($,t) (il faut moins de $ pour payer la dette)
Dette (OR, t+dt) < Dette (OR,t) (il faut moins de lingots pour payer la dette)
Tandis que toutes choses étant égales par ailleurs, la dette étant contractée en €, on a pour tout "t" par définition :
Dette (€,t) = Dette (€,t+dt).
Les € ne valent donc absolument rien en termes absolus, mais ne sont qu'une mesure relative de valeur évoluant différemment selon tout autre type de mesure.
En zone euro on compte en euros. Toute autre valeur non-souveraine n'ayant AUCUN SENS autre qu'une mesure instantanée déconnectée des décisions monétaires.
@Galuel : merci pour ces remarques
1) j’ai mis les unités en plus des proportions car le graphique permet de les consulter quand on passe la souris sur les zones.
2) J’ai mis les données en dollars car elles émanent de la BIS qui travaille uniquement en dollar.
Néanmoins, tu as parfaitement raison, ces données ne sont valables qu’à l’instant t avec le taux de change du 31 décembre 2010.
Je ne pense pas que cela change pour autant les résultats de mes calculs puisque j’ai tout calculé en euros par la suite, mais pour la cohérence de l’article, il serait en effet préférable de tout convertir.
Je m’y colle dès que possible
[...] Les banques commerciales françaises (comme BNP, Société Générale…) ont accumulé 40 milli… selon le site OWNI.fr qui s’appuie sur des statistiques de la Banque des Règlements Internationaux. Quant au premier détenteur de dette grecque, ce sont les banques de ce pays, déjà fragilisées. [...]
[...] Pourtant, l’euro ne se porte pas bien mieux. Un an après le plan de sauvetage financier de la Grèce censé rassurer les investisseurs, le cout des emprunts à deux ans ont dépassé pour la première fois les 25 % de taux d’intérêt pour la Grèce. Cela signifie concrètement que la Grèce est peut être à quelques jours seulement d’un rééchelonnement de sa dette. Opération dans laquelle les banques mondiales – à commencer par les banques françaises – y laisseront inévitablement quelques plumes. [...]
[...] La France va-t-elle banquer pour la Grèce? Sur le même sujet [...]
[...] marchés ne sont pas stupides. Les plans de sauvetage n’ont en vérité qu’un seul objectif : sauver les banques françaises et allemandes, qui tomberaient si la Grèce faisait [...]
Je ne vois pas les graphiques, il y a juste un espace blanc.
Il faut un plugin particulier ?