L’Open Data en débat(s)

Paule d'Atha a assisté aux 2e Assises de l'évaluation des politiques publiques ce jeudi. Le thème : "Quelle politique pour les données publiques ?". Compte-rendu.

par Grégoire Normand et Nicolas Patte Le 14 novembre 2011

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L’Open Data, c’est une révolution silencieuse. – Franck “Ché” Riester

Franck Riester, rapporteur de la loi Hadopi, s’est fendu d’une introduction de séance au ton très enthousiaste . “Le président de la République et le premier Ministre ont fait le choix historique de l’Open Data“. La salle comprend immédiatement que l’ouverture des données publiques représente un “champ des possibles extraordinaire” comme le souligne le député de la Seine-et-Marne qui rappelle que “la transparence peut créer de la confiance“. Mais cet ardent défenseur de la Hadopi, si chère à l’Élysée, est revenu sur le piratage récent des dossiers de l’UMP et a rappelé sa conception de la transparence démocratique : “toute information ne doit pas être nécessairement ouverte au public“, et d’arguer que la transparence “ne doit pas être dogmatique“.

Des freins culturels

C’est une vision marketing et économique de la libération des données publiques qui a dominé la première partie du débat. Président de la société Bluenove, Martin Duval a parlé de “formidables opportunités” grâce “au Big Research et au Big Business“. L’enthousiasme était partagé par les autres entrepreneurs présents tels que Julien Billot, directeur général adjoint du pôle média chez Pages Jaunes ou – de manière plus pondérée – Gilles Babinet, président du Conseil national du numérique et patron de Captain Dash, récent fournisseur de technologie pour le site Opendata71 d’Arnaud Montebourg, qui a évoqué le frein culturel de la France, inscrite selon lui “dans une tradition colbertiste, catholique et hermétiste” (joli combo).

La question de la vie privée est essentielle, l’ouverture des données publiques est par essence opposée à celles des données personnelles. – Marc Mossé, Microsoft

La culture juridique française n’est pas propice à la libération des données publiques” a par ailleurs ajouté Olivier Freget, avocat lobbyiste spécialisé dans le droit de la concurrence. Le juriste a évoqué le problème des compteurs électriques intelligents Linky qui permettent selon EDF de mieux maîtriser sa consommation. Mais dont les données sur la consommation des usagers peuvent également être récoltées par l’opérateur, ce qui peut être préjudiciable pour les citoyens selon, la CNIL. “Un périmètre des données privatives doit être instauré” insiste Olivier Freget. Sur ce point, la salle unanime – calfeutrée derrière Jacques Marceau, le M. Loyal des débats, arguant qu’après l’euphorie de la libéralisation des données, le nécessaire contrôle de ce “marché” (sic) devra être mis sur la table – fut rassurée par Gilles Babinet : l’idée de la régulation de l’Open Data “fait partie des recommandations du CNN“. Mais ce n’est pas la Cada. Donc surprise (?) à venir.

L’autre point sur lequel a insisté le lobbyiste – qui fut rejoint sur ce point précis, délicieux paradoxe, par Marc Mossé (directeur des affaires juridiques et publiques Microsoft) est l’interopérabilité des données, un “enjeu crucial” parmi les enjeux. A ce jeu, Tangui Morlier (Regards Citoyens et April) s’est d’ailleurs fendu d’une petite pique aimable – et inévitable – à l’égard du format xls, pour promouvoir le csv, bien plus aimable selon lui.

Une volonté politique évolutive

Alors que la France s’est longtemps montrée frileuse à l’égard de l’Open Data, Pierre Chrzanowski (ambassade de France à Londres), a mis en valeur les pratiques anglo-saxonnes de l’ouverture des données initiées aux États-Unis, le lien évident vers le gouvernement ouvert (OpenGov) – et a d’ailleurs profité de l’occasion pour rappeler que la France n’avait malheureusement pas signé l’Open Government Partnership initié par Barack Obama. Dans le débat ayant suivi cette intervention, Agnès Verdier-Molinié (directrice de la Fondation Ifrap) a d’ailleurs déroulé une liste sans fin de données absentes du processus de libération des données publiques – que seul le talent de Tangui Morlier, exposant le travail ambitieux de Regards Citoyens sur l’activité des parlementaires à partir des données qu’il avait récoltées sur le site de l’Assemblée nationale, a pu réellement contredire. Bref, “y a du boulot”.

Promue par la société civile, défendue par les acteurs du web, l’ouverture des données publiques répond à un triple objectif : encourager l’innovation par la réutilisation des données ; participer à la transparence de l’état ; et améliorer les services publics.

En ordre de marche

Augustin Landier, prof d’économie toulousain, s’est ensuite exprimé passionnément. Trop fort et trop longtemps, mais on en ressortira malgré tout sa percutante présentation des arguments “pro” et “anti” Open Data. En résumé, donc : l’infobésité, l’atteinte à la vie privée et le coût élevé sont les trois mamelles de la mauvaise foi des opposants, contre qui il faut lutter. Le renforcement des moyens juridiques (et donc du pouvoir de la Cada, on devrait donc rigoler), l’élargissement du périmètre d’ouverture des données, la standardisation des formats d’ouverture (c’est une constante) et la gratuité sur laquelle il ne faut pas céder – étant les points cruciaux pour lesquels le combat Open Data doit être mené.

On n’est pas forcément obligés de trouver des modèles économiques à l’Open Data. – Tangui Morlier

Pour conclure le débat, Séverin Naudet, le gourmand responsable de la mission Etalab, a exprimé une conviction ambitieuse mais enjolivée par une campagne électorale menée sur le terrain du numérique, et a ravi son auditoire appliqué durant plus de 25 minutes d’aphorismes tonitruants du type “La confiance est le ciment de la démocratie“. C’est dire que c’est bien engagé.


S.Naudet @ Transparence & Open Data par etalab

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