OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 L’UMP travestie en geek http://owni.fr/2011/09/15/ump-internet-numerique/ http://owni.fr/2011/09/15/ump-internet-numerique/#comments Thu, 15 Sep 2011 15:09:34 +0000 Andréa Fradin et Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=79503 Mettre le numérique au cœur de la campagne présidentielle. Et ”entre les mains du candidat UMP”. Tel est le double objectif martelé ce matin par Laure de La Raudière, secrétaire nationale du parti en charge des médias et du numérique, à l’occasion d’un débat organisé à La Cantine, haut-lieu de rencontre des techno-branchés parisiens. Un exercice qui s’annonce laborieux, le sujet ne se déclarant pas particulièrement clivant dans la présidentielle à venir. L’UMP tient néanmoins à garder la main sur le sujet, face à un Parti Socialiste encore timide sur la question.

Présentées en juillet dernier lors de la Convention numérique de l’UMP, organisée en grande pompe dans les sous-sols du Palais Brongniart, les orientations du parti ont donc été de nouveau abordées dans un cadre plus intime et nettement plus geek. Exit le gratin – Jean-François Copé, Éric Besson, Franck Riester et, plus surprenant, Benjamin Lancar, manquant à l’appel-, la matinée s’articulant en une séance de questions/réponses autour du programme savamment intitulé ”Révolution numérique, le meilleur reste à venir”. Rien de neuf sur le fond donc, simplement un approfondissement des axes prioritaires déjà définis par l’UMP: ”un écosystème porteur”, ”des infrastructures puissantes accessibles partout”, ”formation et révolution pour tous”(sic), la défense du principe de neutralité des réseaux et le ”numérique au service du mieux vivre”. Déploiement de la fibre, utilisation concrète de l’open data, développement du télétravail ou place d’Internet dans l’éducation ont été rapidement discutés dans une ambiance studieuse.

Petite nouvelle sur le sujet, Fabienne Keller, ancienne maire de Strasbourg et sénatrice UMP, accompagne pour la première fois Laure de la Raudière pour mettre en avant ces questions. La remplaçante (temporaire?) de Benjamin Lancar a un profil plus politique et bénéficie d’une assise médiatique importante, bien qu’elle avoue “ne pas être perpétuellement plongée dans les écrans”.

Interrogée par OWNI sur les différences fondamentales du PS et de l’UMP en matière de numérique, Laure de La Raudière se démarque par une position mesurée:

La réflexion est plus approfondie à l’UMP. Mais c’est très certainement lié à une question de calendrier.

Fabienne Keller, Laure de la Raudière et Gilles Babinet (photo Marc Rees, PCInpact)

Le temps est pour le moment à la modération et non à l’attaque en règle, même si la député insiste sur l’importance que donne son parti à “l’autorégulation”, et aux industriels, quand le PS reste ”très largement cantonné au domaine de la culture”. Elle avoue avoir ”plein d’interrogations” sur la proposition socialiste qui vise à substituer Hadopi par une licence globale améliorée.

Propriété intellectuelle et boulet Hadopi dont l’équipe numérique UMP semble d’ailleurs vouloir se débarrasser: naturellement évoqué par l’assistance, le sujet a été renvoyé à la Convention Culture fixée au 27 septembre. Même réflexe sur le cas Loppsi, Laure de la Raudière tenant à préciser que la position officielle du parti majoritaire a changé:

Pas de blocage et pas de filtrage du net sans intervention du juge.

En attendant, toute mention du juge reste introuvable au Journal Officiel.

La seule surprise de cette nouvelle rencontre sur Internet vient de l’intervention du président du Conseil National du Numérique (CNN ). Gilles Babinet a commenté le programme de la majorité, rendant par exemple ”hommage à la loi Pécresse pour l’autonomie des universités” et insistant sur les efforts supplémentaires à fournir dans l’aide au développement des start-up, ou dans l’éducation et la santé. Le CNN, organe de réflexion sur Internet institué en avril dernier par Nicolas Sarkozy, met-il un pied dans la politique ? En indiquant que le Conseil se tenait à la disposition de ”tous les partis qui le souhaitent” pour une aide à la réalisation de leur programme numérique, Gilles Babinet confirme que le CNN sera aussi de la partie présidentielle.

Reste que le parti majoritaire, qui bénéficie d’un avantage sur un PS pris dans la primaire pour avancer ses pions dans le domaine du numérique, a toujours fort à faire pour se dépêtrer d’un bilan-boulet.


Illustration: montage OWNI via CC FlickR iprozac et nateone

]]>
http://owni.fr/2011/09/15/ump-internet-numerique/feed/ 185
Le féminisme n’est pas un « isme » comme les autres http://owni.fr/2011/02/17/le-feminisme-n%e2%80%99est-pas-un-%c2%ab-isme-%c2%bb-comme-les-autres/ http://owni.fr/2011/02/17/le-feminisme-n%e2%80%99est-pas-un-%c2%ab-isme-%c2%bb-comme-les-autres/#comments Thu, 17 Feb 2011 09:50:33 +0000 Stéphanie Lakh http://owni.fr/?p=38074 Féminisme (nom, m.) : ensemble d’idées politiques, philosophiques et sociales cherchant à promouvoir les droits des femmes et leurs intérêts dans la société civile. C’est une idée que j’ai tendance à considérer dans la continuité de ma conception de la personne. Féminisme, je le justifie depuis toujours par le besoin de rétablir un équilibre volé injustement. Féminisme : une évidence parce que nous sommes tous nés « libres et égaux en droits », après tout. Une évidence, oui, mais pas tant que ça.

“Vous les femmes” …

Le premier reproche que l’on me fait quand je m’annonce féministe porte souvent sur le terme : le féminisme serait-il un nouveau machisme renversé ? Pour cela, argument très raisonnable, répondre sur le terrain de l’histoire : le féminisme n’est pas un « isme » comme les autres. Et puis si seulement le mot dérange, « soyons universalistes » (de toute façon le féminisme différentialiste a eu son temps, à présent révolu). Mais ce reproche est souvent émis par des personnes qui ont déjà réfléchi à l’égalité des sexes, pour qui c’est une évidence, une nécessité. Ce que j’entends derrière « universaliste » plutôt que « féministe » c’est la volonté de ne pas s’inscrire dans une démarche militante, mais davantage individuelle, un effet boule de neige.

Ce reproche, je l’admets tant qu’il ne cherche pas à parasiter le débat : tant qu’il ne focalise pas les idées féministes sur le terme qui les définit. Beaucoup de femmes ne s’affirment pas féministes, et parfois s’éloignent de cette appellation, mais inscrivent leur parcours dans une démarche que l’on pourrait qualifier de féministe (mais on ne le fera pas parce que chacun a le droit de choisir comment se définir).

L’autre critique assez répandue, notamment en France, s’appuie davantage sur le fond : les féministes ne seraient-elles pas des hystériques poilues et frustrées, probablement lesbiennes tant qu’on y est (considérant ainsi que l’on choisit sa sexualité) ? Là, peut-être touche-t-on le cœur du problème : qu’est-ce que le féminisme soulève pour valoir tant de reproches ? Ou plutôt : pourquoi veut-on cantonner les femmes à une place particulière ? Et si on déconstruisait méthodiquement les reproches faits (et entendus maintes fois) ?

Féministe: hystérique, poilu(e), frustré(e) et femme

La féministe est hystérique : on doit à Freud l’amalgame femme = hystérique, mais, aujourd’hui, dans les définitions médicales du terme (il s’agit bien d’une maladie), on ne trouve pas de référence précise au genre lié à cette maladie. Et puis l’argument est de toute façon vicié : pour tout profane, chaque militant est « hystérique » — surtout quand c’est une femme.

La féministe est poilue : à ça j’aimerais répondre « Et alors ? N’est-on pas libre de ses choix en matière d’épilation ? », mais je crains de passer pour une hystérique. Pourtant, l’épilation comme diktat est légion surtout en France : l’observation empirique permet de déterminer que n’être pas lisse dans les douches des piscines municipales n’est pas une tare à l’étranger. Par ailleurs, que signifie l’épilation ? Pourquoi la femme se devrait-elle d’être imberbe : pour l’homme ? pour la société ? La question de l’épilation divise beaucoup les femmes, on s’aime la peau douce. On nous a appris à nous aimer la peau douce. L’épilation est sans doute le symbole de la domination masculine le mieux intériorisé par les femmes. Sous-tendue par le « poilu », la question du laisser-aller des féministes : comme si une femme en jupe et en talons ne pouvait avoir des revendications égalitaires. Ou comme si un garçon manqué (écoutons les mots, ils parlent tout seuls) était automatiquement féministe. Syllogisme qui tombe dès qu’on l’établit.

La féministe est frustrée : « Elle est mal baisée » est sans doute mon expression préférée de la langue française. Un homme frustré doit « se vider », une femme frustrée doit « être baisée » : la passivité de la phrase est éloquente. Cela signifierait qu’une femme heureuse et comblée sexuellement ne pourrait avoir des idées féministes (ou des idées tout court… ?). L’homme, via son phallus, permet donc de canaliser la femme hystérique (qui s’est donc épilée pour l’occasion, si elle est délicate). Charmante conclusion. Je ne sais même pas s’il faut prendre de l’énergie pour la contredire…

La féministe est lesbienne : forcément. Frustrée de ne pas trouver d’homme parce qu’elle est négligée, la féministe doit se rabattre sur ses semblables pour trouver le bonheur. Sauf que le prémisse est déjà faux : la sexualité n’est pas choisie par l’individu, l’orientation sexuelle n’est pas un choix, plutôt une question d’ordre biologique. Par conséquent, non, toute féministe n’est pas lesbienne (et quand bien même : l’orientation sexuelle n’est pas un défaut ou quelque chose à poser comme reproche, quelle que soit la situation).

« La » féministe : certains n’envisagent pas qu’un homme puisse être féministe. J’en ai croisé lors de manifestations pro-choix, et pas qu’un. Et ils n’avaient pas le visage allongé de ces hommes qui attendent à la sortie d’un magasin que leur compagne en finisse enfin. Pour continuer dans le cliché, ils n’étaient pas tous homosexuels. Des hommes, sexuellement normés, prennent donc part au combat féministe. En effet, une féministe ne cherche pas à castrer les hommes, au contraire.

Pour finir, le reproche que je chéris sur le féminisme est celui porté par des femmes qui, bien qu’indépendantes après des études et un accomplissement professionnel certain, refusent de faire une croix sur la galanterie. Ainsi donc, il faudrait continuer à être fragiles face à ces messieurs qui sont heureusement là pour nous pousser portes et chaises. Il est également bienheureux que les hommes aient un travail, cela permet d’être invitées au restaurant. Sur ce point, il semble qu’il pourrait s’agir de choix personnels plus que de militantisme. Pourtant, je ne vois pas comment faire avancer la cause quand on se décrédibilise en se révoltant parce qu’un homme ne s’est même pas levé pour nous céder sa place dans le bus. Il y a là une incohérence nuisible.

Et encore, je n’évoque pas l’idée reçue que « chez nous, c’est gagné, plus besoin de parler de féminisme, c’est dépassé ». J’aimerais bien en passer par les chiffres des violences conjugales, affligeants, ou bien par les différences de salaire, incroyables, ou encore par les publicités éminemment sexistes (femme à la cuisine, homme dans la voiture), pitoyables. Mais je pense surtout qu’aujourd’hui, avec toutes les informations disponibles que l’on a, si on refuse d’accepter que les femmes sont discriminées, c’est que les œillères sont trop enfoncées. Le féminisme touche à quelque chose de trop intime, de trop profondément ancré dans nos sociétés pour être discuté en toute objectivité. Certains refusent simplement d’accepter qu’il y a quelque chose à voir. Comme quand on croise un sans abri : on détourne le regard, c’est tellement plus simple.

Billet publié initialement sur Regardailleurs sous le titre Une certaine idée du féminisme

Illustrations Flickr CC Yann Caradec, Le Monolecte et AudreyAK

]]>
http://owni.fr/2011/02/17/le-feminisme-n%e2%80%99est-pas-un-%c2%ab-isme-%c2%bb-comme-les-autres/feed/ 40
Banques éthiques: les vilains petits canards de la finance française http://owni.fr/2011/02/14/banques-ethiques-les-vilains-petits-canards-de-la-finance-francaise/ http://owni.fr/2011/02/14/banques-ethiques-les-vilains-petits-canards-de-la-finance-francaise/#comments Mon, 14 Feb 2011 14:58:07 +0000 Claire Berthelemy et Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=38031 5 millions d’euros de fonds propres, plus de 26 000 sociétaires / actionnaires… « D’un point de vue purement réglementaire, nous avons le droit d’être une banque de plein exercice », annonce Marc Favier, responsable du projet de développement et d’innovation de la banque éthique La Nef. Seulement voilà : la Banque de France ne veut pas.

Partie de la loi de 1984, la concentration du secteur bancaire orchestré par la Banque de France a certes livré des mastodontes internationaux au secteur bancaire français, mais la prive aujourd’hui de tout réseau de banque éthique indépendant. Adossé au Crédit coopératif, lui-même membre du groupe Banques populaires-Caisses d’épargne, elle représente la seule alternative aux grands réseaux… bien qu’intégrée à l’un d’eux.

Créé à la même époque que La Nef, des établissements bancaires européens dédiés au financement de l’économie sociale et solidaire, aux projets écologiques ou à l’agriculture durable existent à deux pas : la GLS allemande, créée par des parents d’élèves dans la Ruhr à la fin des années 1960, Triodos en Hollande, la Banca Etica en Italie…

Toutes banques de plein droit là où La Nef ne dispose que d’un agrément bancaire limité, spécifique à la France, qui peut également se targuer d’avoir les critères d’autorisation d’exercice bancaire les plus complexes de l’Union européenne. Mais pas de hasard dans tout cela, juste une stratégie : celle du « big enough to win » (« assez gros pour gagner », ceci n’étant pas une expression officielle), consistant à privilégier les grands réseaux internationaux aux structures mutualistes proches des clients. De quoi couper l’envie d’un Bank Run au plus motivé des Cantona.

Des myriades de banques spécialisées des années 60 aux mastodontes de la finance des années 2000

Avant les années 1980, La Nef n’avait même pas eu besoin d’être une « banque » : constituée en association, la loi lui permettait le droit d’accorder des prêts et crédits à des entreprises ou des initiatives. Ses créateurs, militants de l’éducation alternative, de l’agriculture paysanne et de l’économie sociale et solidaire, se voyaient refuser régulièrement des prêts par les grandes banques pour financer leurs projets. Une liberté d’organisation que la loi du 24 janvier 1984 a fait méthodiquement voler en éclat : dans le but de prévoir la concurrence accrue du secteur (notamment au niveau européen), le Code monétaire et financier qu’elle instaurait mettait fin à la spécialisation des banques et « banalisait » leurs activités. Fini le Crédit maritime et stop aux réseaux réservés aux agriculteurs, la multitude de petits établissements et réseaux mutualistes se regroupent et oeuvrent à leur crédit défendant à la « consolidation du secteur bancaire français », pour reprendre les mots d’un rapport de la Banque de France. Les effets sont fulgurants : de 661 banques coopératives au moment de l’adoption de la loi, il n’en reste plus que 174 dix ans plus tard (voir le graphique ci-dessous).

Extrait du rapport annuel 2007 du CECEI (Comité des établissements de crédit et des entreprises d'investissement)

Le monde mutualiste se voit obliger de se doter d’un organe central, la Banque française de Crédit coopératif, « afin d’assurer la solvabilité et les liquidités », précise Claude Sevestre, chargée de communication pour le groupe. Mais ce n’était qu’un premier pas…

Ebranlée par les scandales Enron et Worldcom, la finance mondiale s’organise pour protéger au mieux… les investisseurs ! Aux Etats-Unis, la loi Sarbanes-Oxley met les grands groupes en coupe réglée, exigeant la transparence des comptes que les grands dirigeants certifient personnellement. En France, les actionnaires sont rassurés par la Loi de sécurité financière (ou loi Mer) votée en 2003. Au programme : encore plus de concentration dans les banques pour « assurer les comptes ». « De plus grandes banques, ce sont de plus gros dépôts, de plus gros dépôts, ce sont de plus grosses garanties et de plus grosses garanties, c’est ce que la Banque de France a pour mission d’assurer », résume Marc Favier. L’année de la loi Mer, le réseau Crédit coopératif cesse d’être un réseau indépendant et est fondu dans le réseau Banques populaires avant la formation du groupe BPCE en 2009, devenu depuis deuxième réseau de France.

Dans les murs de la Banque de France, au centre même de cette évolution, l’organisme en charge de certifier les banques, l’Autorité de contrôle prudentiel, est née de la fusion de quatre organisations gérant auparavant chacune de leur côté banques, assurances, mutuelles et organismes de crédits et d’investissements.

La crise des grands condamne les petits

Si le protocole qui lie le Crédit coopératif à BPCE garantit l’autonomie de gestion, l’identité et la marque de la banque coopérative, ce mouvement de concentration a quasiment stérilisé le terreau de toute nouvelle tentative de création de banque. « La question de la création et de l’agrément d’une banque ne se pose pratiquement jamais, constate Laurence Scialom, professeure de Sciences Economiques à Paris X Nanterre. La dernière fois qu’un véritable mouvement de création des banques a eu lieu, c’était à la chute du mur de Berlin, avec les « pockets banks ». » Apparues dans tous les coins de l’ex-Europe de l’Est, ces établissements financiers nés dans la désorganisation de l’époque ont cependant bien vite été capté et racheté comme de parfaits relais pour les géants d’Europe occidentale (notamment allemand, français et autrichien). Sur le papier, l’usine à géant de la finance a fait ses preuves : selon un classement établi par La Tribune, 4 des 17 plus grandes banques en terme de résultat net sur les 9 premiers mois de 2010 étaient françaises.

Et pendant ce temps là, La Nef court l’Europe : depuis 5 ans, la banque éthique française tente de s’allier à l’espagnol Fiare pour profiter de l’agrément bancaire détenu en Italie par Banca Etica. « Grâce à la loi européenne, un organisme financier disposant d’un agrément bancaire d’une banque centrale d’un Etat membre peut implanter des filiales où elle le souhaite ailleurs dans l’UE », précise-t-on à La Nef. Or, en difficultés depuis quelques temps, Banca Etica a repoussé encore le projet sine die.

Or, derrière ces notions de « transparence » et de « prudence » mises en avant par la Banque de France ne se cachent que les exigences des acteurs de la Bourse. Le circuit emprunté par les euros déposés sur un simple compte courant reste aussi opaque au commun des mortels qu’il l’était avant, sauf dans les établissements éthiques. Et tout ce besoin de sécurité n’est né que de la remise en cause de la séparation des métiers des banques entre le prêt, la gestion des comptes et les activités de placement sur les marchés, qui a amené les grands groupes à prendre de plus gros risques devant être assurés avec de plus gros dépôts…

En manque cruel de crédit, les filières d’énergie, d’agriculture ou d’économie alternative ne dispose aujourd’hui de l’aide que de petits acteurs, alors même que les subprimes ont montré qu’en matière d’emploi comme en matière de placement, le secteur coopératif était plus solide. « Cette absence d’agrément est paradoxale car, au final, les banques coopératives ont une bien meilleur visibilité de leurs actionnaires car ce sont aussi ses clients », résume un cadre de La Nef. Mais cette transparence là ne semble pas avoir été promue au rang de règlement du système bancaire français. Une simple question de « moralisation du capitalisme », en somme.

Article publié initialement dans le cadre de notre dossier OWNI.fr : Banques éthiques, monnaies libres… et toi, tu fais quoi après la crise ?

Illustrations Flickr CC tim geers ; @NO4 et Acmolenaar

]]>
http://owni.fr/2011/02/14/banques-ethiques-les-vilains-petits-canards-de-la-finance-francaise/feed/ 4
Electricité: calmer le jeu de l’augmentations des factures http://owni.fr/2011/01/31/electricite-calmer-le-jeu-de-laugmentations-des-factures/ http://owni.fr/2011/01/31/electricite-calmer-le-jeu-de-laugmentations-des-factures/#comments Mon, 31 Jan 2011 14:06:43 +0000 Arthur (Peripolis) http://owni.fr/?p=37862 L’évolution du prix de l’électricité pose problème. Le souci reste de comprendre ses enjeux voire plus largement établir une meilleure perspective autant normative que positive, soit comprendre le marché dans son état actuel et percevoir le marché comme il devrait être.

En France le sujet est davantage complexe. Outre être « l’initiateur » d’une « dérégulation » du marché à l’échelle européenne, la France dispose d’un parc nucléaire tel que la production d’énergie fossile ne représente que 10% de l’électricité, là où la moyenne en Union Européenne approche les 60%. On peut alors se demander si cette caractéristique est positive ou négative pour le pays. Au premier abord on avancerait qu’il s’agit ici d’un avantage. L’énergie fossile augmente fortement ces dernières années, aussi disposer d’un parc nucléaire doit permettre de s’affranchir de la hausse des prix. Or au second abord on constate qu’il n’en est rien : la France souffre autant de l’évolution des prix que ses voisins ou autres membres de l’UE.

Ouvrir le marché aux particuliers et aux entreprises, et après?

Il devient nécessaire de revenir à la source du problème. Le passage d’un monopole public à un marché dérèglementé et concurrentiel est-il effectif ? Est-ce une possibilité ou un rêve avorté ? Pour rendre plus efficace la satisfaction de la demande, doit-on libéraliser les prix ? Davantage réguler ? Inciter à la concurrence ? De manière très large, faut-il privatiser ou nationaliser ?

Depuis les années 2000 l’électricité est au cœur de nombreux débats économiques mais surtout politiques. La loi du 10 février 2000 introduit de nouveaux producteurs, un marché de gros et une Bourse (PowerNext). Le Réseau de Transfert de l’Electricité (RTE) devient une filiale autonome d’EDF tandis que le prix de l’électricité établit une dérégulation pour les consommateurs professionnels puis tôt après pour l’ensemble des entreprises françaises (marché de détail en 2004).

En 2007, les consommateurs domestiques peuvent avoir recours au marché libre avec la possibilité temporaire (loi datant de 2006) de revenir sur des tarifs régulés mais majorés, notamment si le consommateur concerné a une forte élasticité à la hausse des prix sur le marché libre. La dernière avancée de l’électricité française est enfin la privatisation dite partielle de EDF à hauteur de 13%. Alors pourquoi est-ce si compliqué ? Ces réformes ne sont pas inutiles mais doivent faire face à une particularité du secteur de l’électricité : la production résulte d’une trop forte concentration.

En outre EDF produit à elle seule 90% de l’offre. On aurait alors pu laisser tomber le principe de subsidiarité et revenir à l’échelle de l’UE. Ce fût déjà le cas, dès les premières réformes dans les années 2000 puisque en 2001 EDF doit offrir une production nucléaire à durée limitée à un prix proche au coût marginal. C’est ce qu’on appelle une « cession de centrales nucléaires virtuelles » par enchères. Grosso Modo il s’agit d’une location des capacités de production pour les pays membres de l’UE ne pouvant supporter les charges fixes nécessaires. De là une nouvelle question : le secteur de l’électricité est-il toujours établi sur des coûts fixes élevés ?

Le secteur de l’électricité n’est pas toujours établi sur des coûts fixes élevés. La nuance à apporter dépend de la demande. Si celle-ci est temporaire et très importante, une structure à fort coût marginal mais faible coût fixe (toute proportion gardée) devra être privilégiée. En revanche pour une demande fluctuante les coûts fixes seront plus importantes tandis que les coûts marginaux plus faibles. Les coûts dépendent de l’adaptation de l’offre à la demande. En outre le prix de l’électricité ne dépend pas plus de l’offre ou de la structure technologique que de sa propre demande.

Un second facteur non négligeable est l’impact sur l’environnement. Les contraintes légales (normes mais surtout permis de pollution) soumettent de nouvelles contraintes au choix technologique comme par exemple la taxation sur le gaz à effet de serre.

Ces deux indicateurs doivent permettre de définir un parc nucléaire optimal, autrement dit la structure la plus efficace voire la plus efficiente possible. Il faudra dès lors tenir rigueur de la demande intérieure et extérieure et des capacités d’interconnexion avec les autres pays. Généralement la structure des parcs nucléaires français sont pourvus de coûts fixes élevés ce qui rend compétitif ce secteur de l’économie.

Le Rapport sur les prix de l’électricité du Conseil général des Mines et inspection des Finances (2004) montre que, tant que la durée d’utilisation des capacités de production reste supérieure à 57%, le coût moyen du parc de production français rend préférable la technologie du nucléaire puisque moins coûteux que ses alternatives de semi-base ou de pointes (centrales à charbon, cycles combinés au gaz, turbines à combustion au gaz, combustion au fioul).

La solution? Un prix flottant moins sensible à la demande

Mais alors quel prix fixé, et surtout doit-on le fixer ? Pas forcement. Un premier constat est que l’électricité par le nucléaire est un premier recours avec les technologies de semi-base, c’est-à-dire que si la demande excède l’offre provenant des méthodes nucléaires, alors on a recours aux technologies de semi-base. Si cette dernière possibilité ne permet pas de satisfaire la demande donnée alors on a recours aux technologies de pointe mais le prix sera beaucoup plus élevé qu’auparavant.

On en conclu donc qu’en marché concurrentiel le prix peut être établi de telle sorte qu’il soit égal au coût marginal. Si le prix est inférieur au coût marginal, alors il n’y a pas d’incitation à offrir. Si le prix est supérieur au coût marginal, l’offre deviendrait rapidement supérieure à la demande, aussi un prix proche du coût marginal est la solution la plus profitable pour chaque partie. Donc tout repose sur la substitution d’une technologie à une autre. Les coûts fixes importants du nucléaire doivent permettre des coûts marginaux plus faibles et donc des prix moins élastiques aux variations de la demande.

En revanche les technologies de pointes sont pourvues de coûts marginaux très importants de telle sorte qu’une pénurie trop importante de l’offre engendrera inexorablement une forte hausse des prix (de l’ordre de 7 à 30 euros par MW/h). Le niveau de l’offre dépendra forcement du nombre de concurrents résultant de la longévité de la période de marginalité du marché nucléaire notamment. L’un des principaux obstacles reste le risque associé à l’investissement privé dans une structure de production comme le nucléaire. De nombreux mécanismes d’incitations doivent être mis en place pour qu’un marché se rapproche au mieux d’une situation de concurrence pure et parfaite.

Billet initialement publié sur Peripolis sous le titre Quel prix pour l’électricité?.

Illustration Flickr CC Pepeketua, Quarenta et Joe_place

]]>
http://owni.fr/2011/01/31/electricite-calmer-le-jeu-de-laugmentations-des-factures/feed/ 0
Valeurs républicaines: petit inventaire avant liquidation http://owni.fr/2011/01/28/valeurs_republicaine_services_publics_liquidatio/ http://owni.fr/2011/01/28/valeurs_republicaine_services_publics_liquidatio/#comments Fri, 28 Jan 2011 08:46:34 +0000 Olivier Ertzscheid http://owni.fr/?p=37820 15 mars 1944. Une bande de punk-à-chiens anarcho-autonomes, élevés dans l’abondance et n’ayant jamais connu de privations réclame et instaure :

La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

13 Janvier 2011. Jean-François Mancel, député UMP qui fut aussi administrateur civil de la fonction publique au ministère de l’Équipement, soumet à l’assemblée nationale une proposition de loi « visant à réserver le statut de la fonction publique aux agents exerçant une fonction régalienne ». On peut y lire ceci :

Tout d’abord, cela contribuerait à dynamiser les domaines non régaliens actuellement englobés dans la fonction publique. En effet, la généralisation du contrat de travail de droit commun permettrait une meilleure prise en compte du mérite ainsi qu’une meilleure gestion des ressources humaines (…). Cette nouvelle flexibilité nourrirait une dynamique d’enrichissement réciproque des deux secteurs. (…) À l’heure où le Gouvernement a décidé de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, une telle mesure viendrait renforcer la volonté de rationalisation des dépenses de l’État.

Le 7 Janvier 2011, Christian Jacob, Ministre de la Fonction publique du gouvernement Dominique de Villepin (du 2 juin 2005 au 15 mai 2007), avait déjà réclamé « la fin de l’emploi à vie des fonctionnaires ».

Une fonction publique essentielle mais pas régalienne

Les trois fonctions publiques (d’état, territoriale et hospitalière) ont joué un rôle déterminant dans l’accomplissement du programme du conseil national de la résistance.

Comme universitaire, comme chercheur et comme enseignant, j’appartiens à la fonction publique d’état. L’école, l’enseignement, l’apprentissage, la formation ne font clairement pas partie des missions que l’on qualifie habituellement de régaliennes.

Ainsi donc tout comme les médecins, les infirmières et tant d’autres, les universitaires, les chercheurs, les enseignants, de la maternelle à l’université pourraient donc, demain, ne plus faire partie de la fonction publique.

Pourtant le rôle qu’ils jouent dans « la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents » me semble incontestable tout en restant notablement perfectible.

Le 7 décembre 2007, pour la première fois dans l’histoire de la république, son plus haut représentant indique que :

Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.

Troquer les valeurs de la Résistance contre celle de la Rentabilité

9 Brumaire 1794. Le 9 brumaire an III, la Convention décréta

qu’il serait établi à Paris une École normale, où seraient appelés, de toutes les parties de la République, des citoyens déjà instruits dans les sciences utiles, pour apprendre, sous les professeurs les plus habiles dans tous les genres, l’art d’enseigner.

Ainsi fut créée l’Ecole Normale Supérieure.

18 Janvier 2011. Stephane Hessel, membre de la sus-mentionnée bande de punk-à-chiens anarcho-autonome ne pourra pas s’exprimer à l’école normale supérieure. La ministre de l’enseignement supérieur est personnellement intervenue pour l’en empêcher.

Jamais. Jamais gouvernement n’aura mené aussi loin la destruction minitieuse, méticuleuse, idéologique, affairiste du socle républicain. L’ensemble des services de la fonction publique (école, hôpitaux, accès aux soins, etc.) sont depuis déjà bien des années laminés au nom de principes d’économie, d’efficience, de rentabilité dont chacun observera aisément qu’ils n’ont réglé aucun des problèmes auxquels ils étaient supposé répondre. Peut-être serait-il temps d’en tirer toutes les conclusions.

Echos. Deux écoles. Deux logiques. Deux ambitions. Mais depuis plus de 50 ans, les mêmes « banques », « compagnies d’assurance », « crise(s) financière(s) ».

1. « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques » ; (programme du CNR, 15 Mars 1944)

2. « cette proposition de loi s’inscrit dans une logique d’égalité et de réconciliation au sein de la société française à l’heure où les différences entre le secteur public et le secteur privé apparaissent plus que jamais injustes aux yeux de nombre de nos concitoyens, particulièrement suite à la grave crise financière que nous venons de traverser. » Proposition de loi de J.-F. Mancel, 13 Janvier 2011.

Les lignes de fracture n’ont jamais été aussi nettes.

2012. J’ignore combien s’en indigneront. La république comme bien commun. La fonction publique comme une assurance, une garantie collective. Comme un lien. J’espère que beaucoup s’en souviendront.

Illustration CC Flickr Alexandre Moreau et Cmoiln
Billet publié initialement sur Affordance sous le titre S’indigner peut-être. Se souvenir, sûrement

]]>
http://owni.fr/2011/01/28/valeurs_republicaine_services_publics_liquidatio/feed/ 7
L’Allemagne, un exemple pour la réforme de l’enseignement supérieur? http://owni.fr/2011/01/12/lallemagne-un-exemple-pour-la-reforme-de-lenseignement-superieur/ http://owni.fr/2011/01/12/lallemagne-un-exemple-pour-la-reforme-de-lenseignement-superieur/#comments Wed, 12 Jan 2011 11:37:23 +0000 Laurence Estival http://owni.fr/?p=37605 « Nous voulons les meilleures universités du monde. L’autonomie sans argent ça ne suffit pas », avait expliqué Nicolas Sarkozy lors du lancement du « grand emprunt » national. « Sur les 25 milliards d’euros d’investissements venant du privé de l’Europe, des collectivités territoriales », avait-il précisé, une grande part du gâteau devait aller à l’enseignement supérieur et à la recherche, « clé de notre compétitivité future ». Une dizaine de « campus d’excellence » devaient, notamment, bénéficier d’un financement exceptionnel de 8 milliards.

Un an plus tard, où en est-on? Pas bien loin. La recherche « des cibles prioritaires » a « pris du retard » reconnait-on officieusement. Quels sont les critères de sélection? Trois leviers principaux sont, selon le ministère de l’enseignement supérieur, susceptibles d’assurer cette « excellence » : « des moyens financiers élevés, l’autonomie des établissements et l’attribution de fonds de recherche en partenariat avec des entreprises privées ». Syndicats d’enseignants et d’étudiants trainent, les pieds et dénoncent les risques, bien réels mais pas inexorables, d’une « université à deux vitesses ».

Travaux à l'université de Fribourg, une des 9 universités d'élite du programme initiative d'excellence.

Ainsi, en Allemagne, « l’initiative d’excellence », ambitieux programme lancé il y a deux ans démontre que les retombées sont importantes, non seulement pour les heureux lauréats, mais aussi, dans une certaine mesure, pour l’ensemble du système universitaire.

28 « supers facs » et 9 « universités d’élite » aux ambitions mondiales

Dans un pays où l’égalitarisme entre les universités était la règle, 28 universités reçoivent ainsi plus de moyens que les autres pour affronter la concurrence internationale. Une révolution qui a pourtant été acceptée sans trop de mal. Ses objectifs? Développer des centres de recherche de pointe et attirer, avec les financements supplémentaires, des chercheurs, des enseignants et des doctorants. Montant global de l’aide exceptionnelle à ces super-facs? 1,9 milliard d’euros jusqu’en 2012.

Par ailleurs, neuf « universités d’élite », label peu égalitaire mais le plus prestigieux, ont été retenues au terme d’un concours organisé par l’État et les Länder et sont plus particulièrement aidées. Certaines d’entre elles sont généralistes, comme l’université Ludwig-Maximilian de Munich, celles de Constance, de Fribourg, de Heidelberg et de Göttingen ou, encore, l’Université libre de Berlin.

D’autres sont spécialisées dans les sciences de la nature, de l’ingénieur, en médecine et en économie, comme celles de Karlsruhe, d’Aix-la-Chapelle ou l’Université technologique de Munich.

Les sciences sociales et humaines ne sont pas oubliées. A Heidelberg, le centre de recherche et d’enseignement, centré sur les relations entre l’Europe et l’Asie bénéficie d’aides spécifiques, ainsi que le département « Civilisations anciennes » de l’Université libre de Berlin.

« Cette initiative crée une nouvelle dynamique », se félicite Thomas Pfeiffer, vice-doyen de l’université de Heidelberg. Même constatation à l’Université libre de Berlin.

Globalement, 4 200 scientifiques ont rejoint les établissements bénéficiaires de l’Initiative d’excellence.

Pour les étudiants qui envisagent de faire une thèse, les conditions sont optimales : la plupart de ces super-facs ont mis en place leur propre programme de bourses, qui s’ajoutent à celles déjà accordées par les organismes traditionnels (ministère de la Recherche, organisme de promotion de l’enseignement supérieur allemand…).

Ces subsides publics sont, en outre, abondés par des fonds débloqués par les entreprises intéressées par les retombées de ces recherches.

L’Université technologique de Munich a ainsi reçu une dotation de 10 millions d’euros de BMW. Le fondateur de SAP a fait, pour sa part, un don de 200 millions d’euros à l’université de Karlsruhe. La fondation, créée à cette occasion, dépense 5 millions d’euros par an pour aider des boursiers…

Des super facs super élitistes ?

« Les étudiants inscrits en doctorat vont, en outre, bénéficier d’un accompagnement particulier », précise Goran Krstin, porte-parole du président de l’Université libre de Berlin. Toutes les « universités d’élite » ont initié des programmes de tutorat et encouragent les séjours à l’étranger des étudiants, ainsi que leur participation à des séminaires et colloques internationaux.

Revers de la médaille : ces universités financièrement privilégiées risquent de devenir de plus en plus sélectives… Pour les doctorants, mais aussi pour les autres candidats, compte tenu de leur notoriété croissante. Une notoriété entretenue par des campagnes mondiales de promotion pour attirer les cerveaux étrangers dont l’industrie allemande en forte croissance a tant besoin. Berlin envisage déjà de poursuivre ce programme après 2012, avec un accroissement des moyens à la clé.

Les autres universités qui ne profitent pas de ces aides, sont- elles vouées au déclassement? Pascal Level, représentant à Bruxelles de la Conférence française des présidents d’université au comité de liaison des organismes de recherche européens, se veut rassurant: « dans le cadre de cette initiative, les établissements sélectionnés se sont engagés à développer des coopérations avec les autres universités allemandes. Du coup, la dynamique enclenchée devrait rejaillir sur l’ensemble de l’enseignement supérieur d’outre-Rhin et le rendre encore plus compétitif ». A vérifier dans quelques années.

Billet publié initialement sur le site MyEurop.info sous le titre Facs « d’excellence » : la France en parle, l’Allemagne l’a fait.

A lire également sur MyEurop
Les universités européennes au régime sec
Niveau scolaire: le Danemark, miroir de la France
Budget des universités: l’Europe tourne le dos au futur !

Photos FlickR CC Digital Cat ; le tam tam ; Lucas Cepeda ; Werner Kunz.

]]>
http://owni.fr/2011/01/12/lallemagne-un-exemple-pour-la-reforme-de-lenseignement-superieur/feed/ 0
Le problème jeune, cache miséreux de la société française http://owni.fr/2011/01/10/le-%c2%ab%c2%a0probleme-jeune%c2%a0%c2%bb-cache-misereux-de-la-societe-francaise-precarite-jeuness/ http://owni.fr/2011/01/10/le-%c2%ab%c2%a0probleme-jeune%c2%a0%c2%bb-cache-misereux-de-la-societe-francaise-precarite-jeuness/#comments Mon, 10 Jan 2011 15:53:05 +0000 CSP (Comité de salut public) http://owni.fr/?p=37553 Moitié-moitié : c’est ce qu’on se dit après la lecture de cette tribune du sociologue Louis Chauvel sur la jeunesse sacrifiée. Moitié diagnostic juste, moitié à côté de la plaque concernant les responsables réels de ce sacrifice et quant aux solutions proposées. Comme si le chercheur avait commencé à voir juste sans aller jusqu’au bout de sa propre logique, en reculant en quelque sorte sur les pistes de réflexion pourtant évidentes pour sortir et le d’jeunz et les autres aussi de l’effroyable merdier dans lequel nous ont précipité trente années de délire néolibéral.

Quels sont les symptômes de ce mal-être collectif ? Les plus visibles relèvent des difficultés de la jeunesse. Nous le savons, trente-cinq ans après l’extension du chômage de masse, la jeunesse a servi de variable d’ajustement. Chômage record, baisse des salaires et des niveaux de vie, précarisation, développement de poches de travail quasi gratuit (stages, piges, free-lance, exonération de charges, etc.), nouvelle pauvreté de la jeunesse, état de santé problématique et faible recours aux soins, absence d’horizon lisible.

Pourtant, il semble bel et bien que ce ne sont pas des gouvernements de gauche – ou en tout cas de vraie gauche, s’entend bien – qui ont construit ce drame collectif, mais des « élites » toutes massivement converties à l’économie de marché ; Louis Chauvel n’en parle pourtant pas, ou en tout cas n’adopte pas cet angle et trouve à déplacer le centre du problème non sur la réalité d’une classe exerçant une férule sans partage ni pitié sur une autre, mais construit une opposition générationnelle jeunes Vs. vieux qui déplace complètement la question.

Le « jeune » est partout… et donc nulle part!

Puisque ce n’est pas seulement pour les jeunes que l’avenir est sombre, mais pour ainsi dire tout le monde, exceptés bien entendu ceux qui profiteront largement de l’aliénation généralisée en chantier actuellement. Le sociologue choisit de se focaliser sur une classe d’âge spécifique, les « jeunes », pauvres, et les oppose à des « vieux » baby-boomers censés êtres nantis et doté d’un patrimoine conséquent notamment immobilier en ayant l’air d’oublier qu’avant que d’être une histoire d’âge, la domination se construit d’abord par rapport au statut social : un « jeune » précaire et un « vieux » à retraite minable ont plus en commun qu’un « jeune » sorti de grandes écoles et qui bénéficiera du réseau des « vieux » – ses parents et leurs connaissances – pour se placer à un poste valorisé et valorisant.

La construction de l’objet « jeunes » est de plus, outre son caractère spécifiquement occidental – au Pakistan, on a pas le temps d’être « jeune », on est à l’usine à 10 ans pour fabriquer des ballons de foot -, m’a toujours posé souci dans la mesure où précisément, quand on y regarde de plus près elle n’est que cela : une construction générique fallacieuse recouvrant des réalités et des vécus extrêmement disparates. Le « jeune », en fait, ça n’existe pas. La « jeunesse », si elle est une tranche d’âge commune à une multitude ne rassemble pas pour autant ni les mêmes personnes ni les mêmes destins sociaux.

Le seul vécu commun des jeunes : subir le pire que la société a à offrir

Non pas cependant qu’il ne faille pas se préoccuper du sort de cette classe d’âge qui fait partie, c’est incontestable, de ceux qui sont et seront les plus durement frappés par la saloperie en cours et sur ce point aussi Louis Chauvel tape juste.

Par-dessus tout, une frustration générale envahit les esprits devant l’accumulation des promesses non tenues : celle du retour au plein-emploi grâce au départ à la retraite des premiers-nés du baby-boom (rapport Teulade de 1999), de meilleurs emplois par la croissance scolaire, dans un contexte où le travail seul ne permet plus de se loger. Il s’ensuit une colère, voire une haine, qui se détecte clairement dans la jeunesse de 2010 et que le mouvement sur les retraites a paradoxalement canalisée.

Haine qui malheureusement, devant l’absence de débouché progressiste, peut très bien décider de se canaliser électoralement vers ceux et spécifiquement celle qui leur fournira les réponses les plus simplistes. Puisque comme le dit Eric Coquerel du Parti de gauche, on ne peut effectivement qu’être « inquiet de voir «des gens touchés par la crise, aspirant à des ruptures et des bouleversements» mais «qui ne font plus la distinction entre la gauche et la droite». «Ils peuvent, dit-il, être séduits par une alternative cauchemardesque»
(J’aurais évidemment préféré trouver cette phrase dans la bouche d’une personne du NPA, mais il est vrai que nous sommes terriblement occupés actuellement à débattre démocratiquement dans le respect de la parole de chacun afin que toutes les tendances puissent s’exprimer…)

Là où Louis Chauvel se plante, et sévèrement, c’est par la construction de son opposition entre « jeunes » et « vieux », car même si le poids démographique d’une population vieillissante pèse de plus en plus lourd politiquement parlant, et contribue, de fait, au « caractère profondément conservateur, rentier, de la société française dans son entier » – l’ambiance de conservatisme réactionnaire qui traverse tout le corps social trouve là une grande partie de son explication : les vieux regardent TF1 et flippent et ils votent en fonction de ce ressenti…-, les grands coupables de cette situation ne sont au final pas tous les « vieux » mais certains « vieux » : ceux qui possèdent le plus de patrimoine, immobilier entre autres, et comme par hasard possèdent aussi les moyens de productions.

Quand taxerons-nous les vieux rentiers ?

Quoi de commun entre Liliane Bettencourt (88 ans), Ernest-Antoine Sellière (73 ans), Serge Dassault (85 ans), et leur équivalents en âge qui croupissent dans ces mouroirs que son les maisons de retraites ? Et si vous voulez voir une belle brochette de baby-boomers et autres sémillants quinquas – sexas pas vraiment inquiets pour leurs retraites, c’est très simple : regardez les dates de naissance du conseil exécutif du MEDEF

La véritable opposition, le noeud du conflit, il se trouve dans des vieux bourgeois contre des jeunes déclassés ET tous les autres aussi…

Du coup, cette analyse déplace également les propositions à faire pour rééquilibrer la balance puisque si on ne peut nier l’urgente nécessité d’une politique du logement ambitieuse et particulièrement volontariste – allant jusqu’à confisquer les logements inoccupés à ceux qui refusent de les mettre sur le marché en préférant spéculer dessus (oui, ça sera une atteinte atroce au droit de propriété, en effet, le totalitarisme vous dis-je), il ne semble pas sot de se dire que ces vieux là, qui effectivement possèdent tout et refusent catégoriquement désormais de même laisser des miettes – rupture du « contrat fordiste » et recherche frénétique de la maximisation des profits -, il ne semble donc pas complètement aberrant que de vouloir les mettre à contribution et ce, disons, lourdement…

C’est en ce sens que Louis Chauvel, malgré des prémisses intéressantes, se trompe d’objets de défiance, mais il est vrai que tout ce qui précède est en effet quelque peu « marxiste » en effet ; et n’est-ce pas, le marxisme et ces 15 milliards de morts, on aura pas la vulgarité de l’employer en sociologie.

Billet initialement publié sur le blog Comité de salut sous le titre Le problème n’est pas là.

Photo FlickR CC slworking2 ; The US National Archives.

]]>
http://owni.fr/2011/01/10/le-%c2%ab%c2%a0probleme-jeune%c2%a0%c2%bb-cache-misereux-de-la-societe-francaise-precarite-jeuness/feed/ 2
Emploi : le Medef espère enfin un effort de la part des jeunes et des vieux http://owni.fr/2010/12/17/emploi-le-medef-espere-enfin-un-effort-de-la-part-des-jeunes-et-de-vieux/ http://owni.fr/2010/12/17/emploi-le-medef-espere-enfin-un-effort-de-la-part-des-jeunes-et-de-vieux/#comments Fri, 17 Dec 2010 15:22:53 +0000 Slovar http://owni.fr/?p=37444 Enchantée par l’offre de la CFDT de « passer à autre chose » après le conflit des retraites, Laurence Parisot vient de communiquer aux syndicats son « agenda social ». Celui-ci, freine des 4 fers sur les jeunes et fait l’impasse sur l’emploi des seniors !

Le MEDEF n’a pas mis longtemps à réagir aux propos de Xavier Bertrand le ministre du travail qui avait indiqué : «  qu’il allait lancer une « concertation spécifique » avec les partenaires sociaux sur l’emploi des jeunes, notamment pour trouver de « nouveaux outils » sur l’alternance. »

Ami jeune, cesse donc de multiplier les diplômes !

Laurence Parisot, s’appuyant sur un courrier envoyé aux syndicats « pour leur proposer la « trame » d’un agenda social pour les deux années à venir » n’a pas retrouvé le ton « aimable », employé sur les plateaux de télévision, nous expliquent Les Echos.

Le contenu sera borné : « Il n’est pas question d’inventer un méandre de plus dans les usines à gaz des particularités contractuelles », a indiqué hier Laurence Parisot. Le mandat est plutôt d’ « améliorer, optimiser voire créer » des dispositifs « opérationnels », par exemple sur le logement des jeunes, un sujet déjà évoqué ces derniers mois.

Du côté de l’apprentissage, que Nadine Morano qualifie «d’ objectif national partagé», la réponse est nette :

L’accroissement des effectifs en apprentissage et en contrat de professionnalisation dépend d’abord du carnet de commandes, d’une simplification des procédures et d’une baisse de la durée de la formation en apprentissage.

En bref, il est urgent de ne rien faire ou alors en revoyant à la baisse la qualification des jeunes !

Voyons, jeune sans diplôme, ne vois-tu pas que les entreprises n'ont pas encore besoin de toi ?

En ce qui concerne l’emploi des seniors : le dossier est renvoyé … à plus tard, du fait que « Nous sommes prudents et souhaitons avancer pas à pas », a-t-elle indiqué, privilégiant la mise en oeuvre des plans d’action dans les branches et entreprises. »

C’est à dire immobilisme total pour une population que le MEDEF veut faire travailler plus longtemps !

Et pourtant, que déclarait le même MEDEF au sujet de l’emploi des seniors en mars 2006 ? « Trop de personnes en France sont écartées du marché du travail en raison de leur âge. Il faut faire changer les mentalités. » Puis en avril 2008 : « d’une part, et comme l’ont fait l’ensemble des pays européens, il faut relever l’âge légal de la retraite toutes les études et statistiques le montrent en effet chez nos voisins : les salariés restent plus longtemps dans les entreprises Ensuite, il faut supprimer la dispense de recherche d’emploi pour les plus de 57 ans et demi. Cette dispense n’incite pas à rechercher du travail. »

Persuadé d’avoir mis en place la flexsécurité

Mais peu importe pour Laurence Parisot a d’autres priorités. Dont une : « délibération économique sur le financement de la protection sociale (..) et « estime qu’il y a des « échanges utiles et intéressants à mener sur les questions de « vie au travail », notamment l’égalité hommes-femmes ou la lutte contre les discriminations. »

Ce qui ne coûte pas cher dans un cas et pourrait même rapporter gros aux entreprises dans l’autre !

Et de lancer cette phrase énigmatique :

La nécessité de franchir une étape supplémentaire dans la réflexion sur la mise en oeuvre des stages offerts aux jeunes pourrait nous conduire à aborder la question générale des contrats de travail dans le cadre d’une réflexion plus globale sur l’emploi et la sécurisation des parcours professionnels.

Ce qui fait dire aux Echos : « Une prudence sur la flexisécurité jugée assez étonnante au sein de l’exécutif. »

Il faut dire que le MEDEF est persuadé d’avoir mis en place la flexisécurité, en janvier 2008. mais que sa vision est assez … restrictive en termes d’embauches :

La présidente du Medef Laurence Parisot a salué « l’acquis majeur pour tous que constitue la rupture du contrat à durée indéterminée à l’amiable », dans un communiqué remis à la presse. «  C’est une vraie bonne nouvelle pour l’embauche en France qui se modernise et se dynamise ». Cathy Kopp qui conduisait la délégation patronale, a salué « une négociation en plusieurs points historique qui pour la 1ère fois en France créé une flexisécurité.

Séparabilité qui, rappelons le, porte à présent le joli nom de « rupture conventionnelle » et dont les seniors ont été les plus nombreux à découvrir cet « acquis majeur pour tous ».

Mais, les dernières déclarations de Laurence Parisot mettent un point final au catalogue de « bonnes intentions » du MEDEF.

Nous entrons maintenant dans un cycle où, tous ceux, à commencer par le Président de la République (probable candidat à un deuxième mandat), qui n’avaient pas saisi toute l’ampleur de la petite phrase issue du (seul) texte publié sur l’éphémère blog de la patrone des patrons : «  Nous avons contribué à changer la France, elle est devenue plus dynamique, plus présente dans le monde, plus consciente des défis à relever, plus réaliste. Il faut continuer ! » sont prévenus : le MEDEF fera roi … celui qui lui prêtera allégeance !

Billet publié intialement sur le blog de Slovar sous le titre : Agenda social du MEDEF : Les jeunes en “stand by” et les seniors sur la touche !

Photo FlickR CC World Economic Forum ; The Library of Congress.

]]>
http://owni.fr/2010/12/17/emploi-le-medef-espere-enfin-un-effort-de-la-part-des-jeunes-et-de-vieux/feed/ 2
Comment l’affaire Karachi entretient le «tous pourris» http://owni.fr/2010/12/10/comment-laffaire-karachi-entretient-le-%c2%abtous-pourris%c2%bb-balladur-sarkozy-roland-dumas/ http://owni.fr/2010/12/10/comment-laffaire-karachi-entretient-le-%c2%abtous-pourris%c2%bb-balladur-sarkozy-roland-dumas/#comments Fri, 10 Dec 2010 13:35:25 +0000 Aymeric Pontier http://owni.fr/?p=37338 Tuer une démocratie n’est pas une mince affaire. Il faut beaucoup de patience et de volonté. Le peuple qui se libéra autrefois du joug despotique de tyrans, pas vraiment éclairés, est très attaché à sa Liberté. Il faut donc, pour réussir cette entreprise, le détourner des principes démocratiques jusqu’à lui faire croire qu’une dictature ferait aussi bien l’affaire.

Pour cela, rien de mieux que la corruption et la compromission décomplexées. Il est absolument nécessaire d’instiller l’idée que les politiciens sont « tous les mêmes », qu’il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. L’opacité et l’absence de sanctions envers les dévoiements devenant dès lors des alliées fidèles. Taire ce qui devrait être dénoncé. Fermer les yeux sur ce qui devrait nous horrifier. Cesser d’écouter ce qui pourrait déranger notre conscience. Voilà les recettes de base qui mènent vers une ruine assurée…

Changer la règle pour s’aligner sur le mauvais usage

Il y a actuellement deux illustrations : l’affaire Bettencourt et l’affaire Karachi. Je ne vais pas revenir sur le fond, tout le monde peut y avoir accès facilement en quelques clics. En revanche, je vais m’attarder sur un épisode très singulier : la validation des comptes de campagne d’Edouard Balladur par le Conseil Constitutionnel en 1995.

Pour résumer, ces comptes souffraient de graves irrégularités avec des sommes d’argent importantes qui n’étaient pas justifiées, car probablement non justifiables, et qui laissent planer un soupçon intense de corruption. Lors de la séance du 11 octobre, les rapporteurs qui ont épluché plusieurs mois durant les comptes de campagne de tous les candidats préconisent la non-validation de ceux d’Edouard Balladur. Embarras des neufs Sages…

Roland Dumas, alors Président du Conseil Constitutionnel estime que celui-ci ne saurait suivre la préconisation des rapporteurs, selon la justification suivante :

Les comptes de Jacques Chirac présentent, eux aussi, des recettes injustifiées et une sous-estimation des dépenses. Si on annule les comptes de l’ancien premier ministre, il faudra aussi annuler ceux du président élu. Peut-on prendre le risque d’annuler l’élection présidentielle et de s’opposer à des millions d’électeurs et ainsi remettre en cause la démocratie ?

Roland Dumas demande donc aux rapporteurs de revoir leur copie et de modifier les modes de calcul qu’ils ont retenus afin de pouvoir valider les comptes incriminés. Jacques Chirac demeurera Président de la France, et Edouard Balladur ruminera tranquillement sa défaite.

La sale habitude des passes-droits politiques

Le scandale ici ne réside pas uniquement dans la corruption des comptes, mais aussi et surtout dans la corruption des âmes et des esprits. La France, cette entité fictive en pleine régression est composée d’une élite politique dont la conscience a été altérée par trop de passe-droits et de privilèges, au point qu’elle en vient petit à petit, lentement mais sûrement, à détruire la démocratie qu’elle est sensée défendre et représenter.

Dans ce pays où les compromissions sont devenues l’alpha et l’oméga de toute décision et de toute pensée ou arrière-pensée, et où la seule idéologie encore présente est celle de l’Abdication perpétuelle, plus rien n’a de sens. On peut enterrer la Démocratie au nom de son Respect. On peut tolérer la Corruption au nom de la Continuité. On peut écraser le Peuple au nom de sa Volonté. Tout, absolument tout, est devenu possible.

Mais gardons nous de blâmer seulement l’élite ! Le petit peuple qui ne bronche jamais est tout autant coupable ! Si le Conseil Constitutionnel a fermé les yeux sur des malversations, se déshonorant pour longtemps au passage, ce n’est que parce que le peuple détourne son regard depuis trop longtemps. La lâcheté des uns se nourrit de la lâcheté des autres.

Cette société molle doit prendre garde : elle finira par s’auto-détruire à force de tout avaler !

Article publié initialement sur le blog Singularité et infosphère d’Aymric Pontier sous le titre Comment tuer petit à petit une démocratie.

Photo FlickR CC France.Diplomatie ; Bruno Girin.

]]>
http://owni.fr/2010/12/10/comment-laffaire-karachi-entretient-le-%c2%abtous-pourris%c2%bb-balladur-sarkozy-roland-dumas/feed/ 1
Internet, subprimes… quand la crédulité des économistes fait des bulles http://owni.fr/2010/11/23/internet-subprimes-quand-la-credulite-des-economistes-fait-des-bulles-speculation-bourse-enron/ http://owni.fr/2010/11/23/internet-subprimes-quand-la-credulite-des-economistes-fait-des-bulles-speculation-bourse-enron/#comments Tue, 23 Nov 2010 10:29:01 +0000 Stéphane Bortzmeyer http://owni.fr/?p=37245 Vous vous souvenez de la grande bulle de l’Internet en 1999-2001, lorsque des prédictions délirantes amenaient des milliers d’investisseurs à injecter plein d’argent dans le réseau que tous les costards-cravate sérieux méprisaient seulement quelques années auparavant ? Dans un article très détaillé et très érudit, « Bubbles, gullibility, and other challenges for economics, psychology, sociology, and information sciences », Andrew Odlyzko revient sur cette bulle, sur celles qui l’ont précédé et celles qui l’ont suivie.

Des business plans qui prévoyaient plus d’usagers du web que d’habitants sur Terre

Odlyzko étudie surtout trois bulles, celle des chemins de fer britanniques vers 1845, celle de l’Internet en 1999-2000, et celle des subprimes qui s’est écroulée en 2008. À chaque fois, on retrouve les mêmes ingrédients notamment une formidable crédulité et une incapacité, chez des gens qui ont tous fait Harvard ou Polytechnique, à faire des maths élémentaires, par exemple des calculs d’intérêts composés (certaines prévisions faites pendant la bulle de l’Internet menaient en peu de temps à ce qu’il y ait davantage d’utilisateurs de l’Internet que d’habitants sur Terre). Ainsi, le mathématicien John Paulos, l’auteur de Innumeracy: Mathematical Illiteracy and its Consequences a lui même perdu beaucoup d’argent dans la bulle de l’Internet, pourtant basée sur des mathématiques ridicules.

L’auteur en déduit qu’on peut même tenter de définir un « indice de crédulité », dont la mesure permettrait d’indiquer qu’on se trouve dans une bulle et qu’il faut donc se méfier. D’autant plus que les personnes précisément chargées de veiller et de donner l’alarme sont les premières à lever les bras avec fatalisme et à dire que les bulles sont indétectables.

L’article cite de nombreuses déclarations d’Alan Greenspan en ce sens ; quoique responsable de la surveillance monétaire, il affirme qu’on ne peut pas détecter les bulles mais n’en a pas pour autant déduit qu’il ne servait à rien et qu’il serait honnête de démissionner. Les journalistes n’ont pas fait mieux et tous reprenaient avec zéro sens critique les communiqués triomphants sur la croissance miraculeuse de l’Internet.

Des pubs “pro bulle” en contradiction avec la documentation officielle !

Odlyzko reprend donc tous les calculs, toutes les affirmations avancées pendant la bulle. Ce n’est pas facile car bien des rapports ultra-optimistes de l’époque ont complètement disparu des sites Web des entreprises concernées. Ainsi, UUNET présentait publiquement, pour encourager les investisseurs, des chiffres (par exemple sur la capacité de son épine dorsale) qui étaient en contradiction avec ses propres documents officiels enregistrés à la SEC. UUnet mentait sur ses capacités antérieures, pour que l’augmentation soit plus spectaculaire.

Cette partie d’analyse a posteriori de la propagande pro-bulle est certainement la plus intéressante de l’article. Il faut la garder en mémoire à chaque fois qu’on voit un Monsieur sérieux faire des prévisions appuyées sur du PowerPoint. Avec le recul, c’est consternant d’imbécillité, le terme « crédulité » parait bien indulgent, puisque tout le monde pouvait vérifier les documents SEC et refaire les calculs (qui étaient trivialement faux). Et pourtant, non seulement cela a eu lieu, mais cela a recommencé quelques années après avec les subprimes. D’autres embrouilles étaient utilisées pour tromper les investisseurs (victimes très consentantes, puisque la vérification aurait été facile), comme de confondre la capacité du réseau et le trafic effectif.

Les escroqueries comme celle de WorldCom ou d’Enron ne sont pas une nouveauté. Vu l’absence totale de sens critique avec lequel sont accueillies les bulles, on peut même se demander, et c’est ce que fait Odlyzko, s’il n’y a pas une raison plus profonde à la crédulité. Par exemple, les empereurs romains, pour tenir le peuple, lui fournissaient « du pain et des jeux ». Aujourd’hui, peu de gens dans les pays riches ont faim et les jeux sont peut-être devenus plus importants que le pain. Les bulles ne sont-elles pas simplement un spectacle ?

Ou bien ont-elle une utilité réelle, par exemple pour convaincre les investisseurs de faire des dépenses lourdes et qui ne rapporteront rien ? Ainsi, la bulle des chemins de fer britanniques vers 1845 a ruiné des investisseurs crédules comme les sœurs Brontë, Charles Darwin ou comme le pédant économiste John Stuart Mill (qui, comme tous les économistes, pontifiait dans le vide sur les beautés du capitalisme, mais ne savait pas reconnaître une bulle) mais elle a aussi permis à la Grande-Bretagne d’avoir un formidable réseau ferré sur lequel son économie a pu s’appuyer. Finalement, les bulles servent peut-être à quelque chose ?

Article publié initialement sur le blog de Stéphane Bortzmeyer sous le titre Des bulles et de la crédulité.

Photos : FlickR CC WoodleyWonderworks ; Mike Licht ; Kenneth Moore.

]]>
http://owni.fr/2010/11/23/internet-subprimes-quand-la-credulite-des-economistes-fait-des-bulles-speculation-bourse-enron/feed/ 0