OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Les profs Internet http://owni.fr/2012/09/18/les-profs-internet/ http://owni.fr/2012/09/18/les-profs-internet/#comments Tue, 18 Sep 2012 15:24:31 +0000 Thomas Saintourens http://owni.fr/?p=120356 Usbek & Rica, ce 18 septembre à la Gaité Lyrique à Paris, à l'occasion d'un nouveau Tribunal pour les générations futures. Pour nourrir cette réflexion, reportage chez les révolutionnaires de la pédagogie. ]]>

©Gwendal Le Scoul pour Usbek & Rica

Ce reportage est à retrouver dans le dossier « La revanche des cancres » à la Une du dernier numéro d’Usbek & Rica.

Au guidon d’un tricycle propulsé par un extincteur, Walter Lewin traverse l’amphithéâtre du MIT à toute allure en hurlant « Yihaaa ! ». Ses étudiants de physique – disons plutôt son public – se marrent et applaudissent. À la question rituelle « Quel est ton prof préféré ? », tous répondent mister Lewin, à Boston. La réponse serait la même à Dallas, Guingamp ou Hô Chi Minh-Ville : sur Internet, les cours de cet allumé à l’accent hollandais sont visionnés deux millions de fois chaque année. Pas besoin de frais d’inscription pour être un disciple de celui qui prône la nécessité «d’être un artiste pour motiver ses étudiants».

À 76 ans, Lewin représente une nouvelle génération d’enseignants, qui utilisent le « je » à tout bout de champ, gèrent leur image comme des vedettes de cinéma et font fructifier leurs talents de pédagogue bien au-delà de leur quota d’heures légal. Cette vogue vient d’Amérique, qui toujours chérit ses self-made men et sait apprécier les performances. Dans le jargon, on les appelle les trophy professors, ceux que les facs s’arrachent chaque été au terme de transferts dignes de la NBA.

À la maxime « Publish or perish », qui symbolise le souci vital des profs d’apposer leur nom dans les revues prestigieuses, un nouveau commandement est en passe d’apparaître : « Entertain ! »

Prime aux barjots

Aux côtés de l’inénarrable Lewin (il faut le voir, en tenue de safari, tirer au canon des balles de golf sur un faux singe pour expliquer la gravité) brille une constellation de profs stars, précurseurs d’une ère nouvelle où la matière, dopée au marketing personnel, devient marché de niche. Tel le philosophe américain Michael Sandel, dont le cours intitulé « Justice avec Michael Sandel » est un succès planétaire. Pas de plan en trois parties, mais une question, de laquelle découle un raisonnement richement argumenté : « Peut-on justifier la torture ? », « Combien vaut une vie humaine ? »… Son site annonce ses dates de tournée et propose une ribambelle de produits dérivés.

Moins profs que prophètes, ces hommes de spectacle savent monétiser leur charisme.

Je veux devenir le Lady Gaga de la finance !

C’est ce que clame Aswath Damodaran, 10 000 abonnés sur Twitter, des livres à la pelle, toujours bien placé aux baromètres des profs les plus influents (il exerce dans une demi-douzaine de facs à la fois). Son confrère Ron Clark, élu « Instituteur de l’année » aux Disney Awards 2001, fait son beurre au niveau élémentaire. Ses [PDF] « 55 règles » de vie en classe et sa pédagogie énergique, forgées dans des écoles publiques de Harlem, ont même eu l’honneur d’une sitcom avec Matthew Perry. Comme tout bon gourou en devenir, Clark a tôt fait de quitter l’Éducation nationale pour créer sa propre académie privée.

Ces deux ambitieux font figure de débutants comparés au prof le plus populaire de la planète. Celui qui a élevé le cours de maths au stade industriel. Salman Khan travaillait dans la finance quand sa petite cousine, fâchée avec l’arithmétique, lui demanda de l’aide sur messagerie instantanée. L’expérience fut si concluante qu’en quelques mois Sal s’est retrouvé à la tête de la plus grande école alternative (et dématérialisée) du monde. Plus de 60 millions d’élèves suivent ses chaînes thématiques gratuites, traduites dans plus d’une dizaine de langues. Et la Khan Academy attire désormais une nouvelle clientèle : des écoles publiques américaines qui n’hésitent pas à utiliser directement ses méthodes.

De vulgarisation à vulgarité, la frontière est poreuse. La nouvelle génération de profs cliquables joue parfois le show pour le show. Comme Charles Nesson, cybergourou senior basé à Harvard, qui milite pour l’utilisation du poker dans les méthodes d’apprentissage. Ou Bucky Roberts, un trentenaire à casquette – mais sans baccalauréat –, qui depuis sa chambre a lancé un tutoriel à l’imparable simplicité, baptisé « The New Boston ». Peut-être grisé par le succès, Bucky élargit son offre vers le bizarre : « Construire un kart », « Jouer au backgammon » ou « Survivre en milieu sauvage ».

En comparaison, le marché français est encore en voie de développement. Mais nos vedettes nationales, qui savent drainer un public d’âge mûr, ont compris la nécessité d’élargir leur gamme sans renier les fondamentaux. Au rayon philosophie, Michel Onfray joue toujours à guichets fermés au théâtre d’Hérouville-Saint-Clair. L’hédoniste normand est une PME à lui tout seul, écoulant 300 000 exemplaires de son Traité d’athéologie et 400 000 CD de sa Contre-histoire de la philosophie. La crise spirituelle a du bon. Celle de la finance mondiale aussi. L’anthropologue belge Paul Jorion, estampillé Nostradamus de la crise financière, est devenu le chouchou des internautes. Ce barbu, ancien trader, se rémunère notamment au moyen d’une fenêtre de dons PayPal glissée à côté des billets de son blog.

La guerre des profs

Faire émerger les profs phénomènes constitue une démarche économique rationnelle. Selon une étude publiée en janvier 2012, si chaque élève de primaire croisait au cours d’une année de son cursus un professeur excellent (à « haute valeur ajoutée »), le PIB du pays pourrait augmenter à terme de 2 %. Alors, imaginons un peu : à quoi ressemblerait l’école de demain, quand les showmen auront pris le pouvoir ?

À une course au plaisir d’apprendre, d’abord. Des programmes saucissonnés en clips vidéo, pensés pour maximiser l’attention cérébrale. Une bourse mondiale de la popularité des super profs, indexée sur les « j’aime » de leurs fans ou l’évolution des abonnements, ferait vaciller leur hit-parade officiel. Certains gonfleront leur potentiel de prophète au moyen d’entraînements intensifs. D’autres utiliseront leur capital charismatique pour une reconversion holographique en 3D : cours d’EPS avec l’avatar de Roger Federer ou tutoriel de création d’entreprise avec celui de Mark Zuckerberg.

Ce Far West académique constituera un terrain de choix pour la bataille des paradigmes. La figure de l’enseignant glissera vers celle de militant, de lobbyiste. De l’histoire à la biologie, un vernis politique pourrait bien décorer la leçon du jour, surtout s’il s’agit d’aborder les origines de l’humanité. L’affrontement entre créationnistes et évolutionnistes échappera à tout contrôle dans le monde sans pitié des donneurs de leçons. Le pouvoir unifiant de l’école, avec ses programmes établis par consensus, volera en éclat. Chacun pourra prêcher sa vérité, flatter les élèves jusqu’à ce qu’ils se transforment en partisans. L’école deviendra club. Et tous les coups seront permis pour déstabiliser la concurrence. Sabotage académique, drague intellectuelle, dumping commercial : la guerre des paroles légitimes est déjà prête à éclater dans la jungle pédagogique actuelle.

Rien d’inédit toutefois. Cet horizon probable n’est pas sans rappeler la bonne vieille Grèce antique, quand on suivait, ébahis par leur talent, buvant leurs paroles, les Socrate et autres Aristote sous les pins parasols de la mer Égée. Ou, plus près de nous, la mode des profs stars des années 1960, quand Althusser ou Foucault faisaient salle comble, à Normale sup et au Collège de France. Sauf qu’aujourd’hui, et plus encore demain, c’est au nombre de clics que se mesurerait leur incroyable popularité. Être prof a toujours été, et sera toujours, affaire de séduction.


Illustrations par Gwendal Le Scoul pour Usbek & Rica.
Direction artistique et couverture du magazine par Almasty

Retrouvez en kiosque le nouveau numéro d’Usbek & Rica

]]>
http://owni.fr/2012/09/18/les-profs-internet/feed/ 19
Plaidoyer pour une culture libre http://owni.fr/2012/04/19/plaidoyer-pour-une-culture-libre/ http://owni.fr/2012/04/19/plaidoyer-pour-une-culture-libre/#comments Thu, 19 Apr 2012 06:41:21 +0000 Lionel Maurel (Calimaq) http://owni.fr/?p=106618

Les intervenants du Tribunal des générations futures à la Gaîté Lyrique mardi 17 avril 2012 - © Jacob Khrist pour Owni

Mardi soir,  le magazine Usbek et Rica organisait une conférence à la Gaîté Lyrique sur le thème “la culture doit-elle être libre et gratuite ?”. Il s’agissait de la cinquième édition du Tribunal pour les générations futures, dont voici le pitch :

Parce que l’avenir n’est pas encore mort, nous avons plus que jamais besoin de l’explorer ! Chaque trimestre, accusé, procureur, avocat, témoins et jury populaire statuent sur un enjeu d’avenir… pour identifier les bouleversements d’aujourd’hui et les défis de demain.

La culture doit-elle être libre et gratuite ? La philosophie hacker dessine une nouvelle société du partage, dans laquelle la culture doit trouver un modèle économique à la fois stable et ouvert. Militants du libre et représentants des industries culturelles seront là pour en débattre, dans ce nouveau Tribunal pour les générations futures.

Le principe de ces soirées est qu’un jury, composé de personnes choisies au hasard dans la salle, est invité à se prononcer sur une question à l’issue du réquisitoire d’un procureur, de la plaidoirie d’un avocat et de la déposition des témoins.
J’ai eu le grand honneur d’être invité à participer comme avocat à cette séance,  tandis qu’Eric Walter, secrétaire général de la Hadopi, s’est exprimé en qualité de témoin.
Voici ci-dessous la plaidoirie que j’ai prononcée à cette occasion, en faveur de la culture libre.
À vous de juger à présent, sachant qu’à la question posée à la fin par le président du Tribunal -  “Faut-il punir les internautes qui copient, partagent et diffusent librement sur Internet ?” -,  les jurés ont répondu non, par trois voix contre deux.

Plaidoirie de l'avocat de la culture libre, Lionel Maurel - © Jacob Khrist pour Owni

Le prix de la liberté

Mesdames, messieurs les jurés. Vous qui représentez ici les générations futures.
Vous vous souvenez sans doute de la campagne de spots vidéo, lancée l’été dernier par la Hadopi pour promouvoir son label PUR. On y voyait notamment la chanteuse Emma Leprince, cartonnant avec son tube “I prefer your clone” dans les années 2020. Un flashback nous ramenait au temps présent et nous montrait une petite fille. Une voix off énonçait alors que sans Hadopi, Emma Leprince ne pourrait jamais devenir artiste. Suivait ce slogan : “Hadopi : la création de demain se défend aujourd’hui”.
C’est donc vous, générations futures, qui étaient invoquées et utilisées pour promouvoir le système de protection des œuvres promu par la Hadopi. Le raisonnement sous-jacent était le suivant : le téléchargement illégal et les autres formes de piratage représentent un mode d’accès gratuit à la culture qui lèse les artistes en les privant des revenus liés à la vente de leurs œuvres. En les privant des moyens de subsister, cette gratuité met en danger les créateurs et l’avenir de la création. Avec le risque à terme que la création culturelle disparaisse et qu’il n’y ait plus ni livres, ni films, ni musique.
Je ne suis pas d’accord avec cette conception et je vais essayer de vous le montrer, mais je reconnais que cette question de l’avenir de la création mérite d’être posée. C’est même sans doute la question la plus importante à laquelle nous ayons à faire face dans le débat actuel sur le droit d’auteur et le partage des œuvres en ligne.

C’est sur elle que les générations futures nous jugeront.

La culture doit-elle dès lors être libre et gratuite ? La vraie question est plutôt : si la culture était libre et gratuite, aboutirait-on à une mise en danger et à une mort de la création ?
Je vais répondre en juriste, mais avant tout, il est nécessaire de bien clarifier les termes du débat, notamment à cause de l’ambiguïté des mots ” libre” et “gratuit”. En anglais, le terme “free” peut renvoyer à ces deux termes indistinctement, alors qu’en français, ils recouvrent deux réalités profondément différentes.

Beaucoup de choses sont gratuites sur Internet, mais peu sont réellement libres. Je peux lire certains articles gratuitement sur le site du Monde ou de Libé : les contenus sont librement accessibles, mais ils ne sont pas libres. Je peux écouter de la musique en streaming gratuitement sur Deezer ou Spotify, même sans prendre d’abonnement, mais il ne s’agit pas de musique libre.

L'expert à la barre, Vincent Ricordeau, co-fondateur & PDG de KissKissBankBank - © Jacob Khrist pour Owni

Ces exemples montrent que la gratuité est un modèle économique à part entière, qu’elle serve à dégager des recettes publicitaires ou s’articule avec des formules de freemium. La plupart des géants du Net ont construit leurs empires sur la gratuité. On peut utiliser gratuitement le moteur de recherche de Google et tous les outils que la firme met à notre disposition : Google Maps, Google Docs, Gmail, etc. Les réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter, sont gratuits. Mais il s’agit là d’une “fausse gratuité”, car les utilisateurs “payent” ces services en leur fournissant des données personnelles ou des contenus, ensuite marchandisées. Ces exemples montrent que la gratuité n’est pas toujours synonyme de liberté, loin de là.

Éloge des Creative Commons

En revanche, il existe des choses qui sont réellement libres et gratuites sur Internet, comme par exemple Wikipédia. L’encyclopédie collaborative est gratuite, mais elle est surtout libre et cette liberté provient de la licence libre (Creative Commons CC-BY-SA) sous laquelle elle est placée. En vertu de cette licence, il est possible de modifier et de réutiliser gratuitement les contenus de Wikipédia, y compris à des fins commerciales, à condition de citer la source, de créditer les contributeurs et de partager les contenus sous la même licence.

Cette forme particulière de liberté est d’abord née dans le monde du logiciel libre, pour  être ensuite élargie aux autres champs de la création et à tous les types d’œuvres pouvant être protégées par le droit d’auteur. Le fonctionnement des licences libres renverse la logique traditionnelle du copyright. Au lieu de poser des interdictions (“Tous droits réservés”), les licences libres permettent aux auteurs de donner a priori des libertés aux utilisateurs pour certains usages, normalement soumis à autorisation : reproduire, représenter, modifier, etc.

Le jury du Tribunal pour les générations futures à la Gaîté Lyrique - © Jacob Khrist pour Owni

Des licences comme les Creative Commons permettent en outre aux auteurs de maintenir certaines interdictions, comme celle de l’usage commercial ou de la modification, afin de conserver un contrôle plus étroit sur leur création.
Mais dans les cas couverts par la licence, l’usage est bien libre et gratuit. C’est le cas pour plus de 200 millions de photographies sur Flickr et plus de 10 millions de fichiers sur Wikimedia Commons.
Ces exemples prouvent que la culture PEUT être libre et gratuite, dès maintenant, si les auteurs font le choix d’utiliser les licences libres. Il existe d’ailleurs tout un pan de la création contemporaine – la culture libre – qui s’est constitué en utilisant ces licences. C’est le domaine du remix, du mashup, de la réutilisation et de la dissémination des œuvres : le propre de la culture Web.

Objection rejetée

Mais générations futures, je vous entends m’adresser une objection : ces licences conviennent sans doute aux amateurs pour diffuser leurs créations, mais quid des professionnels qui voudraient en tirer revenu. Comment Emma Leprince pourrait-elle devenir une artiste si elle place ses chansons sous licence libre ? Même si on peut comprendre ce type de réticences, l’argument en réalité ne porte pas, car il existe d’ores et déjà des créateurs qui ont réussi à construire des modèles économiques convaincants en utilisant des licences libres, et ce dans tous les domaines.

C’est le cas pour les livres avec Cory Doctorow, qui offre depuis longtemps ses ouvrages sous licence libre en ligne, mais vend (et fort bien) les même livres en papier. En matière de musique, il existe une Emma Leprince en Australie, nommée Yunyu, qui a réussi à percer en plaçant certains morceaux de ses albums sous licence libre, afin que leur circulation lui assure un marketing viral. C’est le cas également pour le cinéma avec le succès l’an dernier du film d’animation El Cosmonauta du producteur indépendant espagnol Riot Cinéma. Dans la photographie, Jonathan Worth, exposé à la National Portrait Gallery, diffuse ses clichés en ligne sous licence Creative Commons.

Eric Walter, secrétaire générale de la Hadopi, au Tribunal pour les générations futures à la Gaîté Lyrique, le 17 avril 2012 - © Jacob Khrist pour Owni

La culture peut être libre ; elle peut même être gratuite, mais des modèles économiques viables peuvent être construits, fondés sur la valeur du partage. Car contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le partage donne de la valeur aux œuvres, au lieu de les dévaloriser.

Un exemple qui le prouve est celui de Yann Arthus Bertrand, qui a choisi de diffuser gratuitement son film Home sur Internet, ce qui ne l’a pas empêché de rencontrer le succès pour la projection en salles et pour la vente de DVD. Au contraire, c’est PARCE QUE son œuvre a été diffusée gratuitement et partagée qu’elle a acquis une valeur qui a pu ensuite être monétisée.
La culture peut donc être libre et gratuite, grâce aux licences libres. Ce n’est pas exclusif de la mise en place de modèles économiques innovants et rémunérateurs et il vous appartiendra, générations futures, de vous emparer de ces outils pour construire la culture libre de demain.

Domaine public menacé par le lobbying

Mais la question qui nous était posée n’était pas la culture PEUT-elle être libre et gratuite, mais la Culture DOIT-elle être libre et gratuite, ce qui est différent. Elle implique que la gratuité soit appliquée comme un principe général, au-delà du cercle des artistes décidant d’utiliser les licences libres. Cette généralisation peut paraître problématique, mais à cause du discours ambiant qui culpabilise la gratuité et le partage, on a tendance à oublier que la culture EST déjà dans de nombreuses hypothèses libre et gratuite. C’est la loi elle-même qui l’impose, y compris aux titulaires de droits, et c’est absolument essentiel pour préserver nos libertés.

Le premier exemple de gratuité et de liberté consacrées par la loi, c’est celui du domaine public. Car le droit d’auteur n’est pas une propriété comme les autres : elle est limitée dans le temps et 70 ans après la mort de l’auteur, l’œuvre entre dans le domaine public. Il est alors possible de la reproduire, de la représenter et de l’exploiter, gratuitement et librement (moyennant le respect du droit moral).

Le domaine public est un moteur essentiel pour la création, car bien souvent, on créée en s’appuyant sur ce qui existe déjà : Bach empruntait des airs populaires traditionnels pour composer ses morceaux ; que serait Picasso sans Titien, Vélasquez ou Ingres ? Led Zeppelin a révolutionné le rock en réinterprétant des standards du blues, etc.

La création de demain se protège aujourd’hui, nous dit Hadopi. Mais il est tout aussi important de protéger le domaine public pour défendre la création de demain, afin que les générations futures puissent s’appuyer sur la création d’hier et y puiser leur inspiration.

Or pourtant, le domaine public est sans cesse menacé par le lobbying des industries culturelles qui réclament et obtiennent du législateur une extension de la durée des droits. Le Parlement européen vient d’accepter que les droits voisins des interprètes et des producteurs de cinquante à soixante-dix ans.

Le procureur, Thierry Keller, co-fondateur et rédacteur en chef d'Usbek et Rica - © Jacob Khrist pour Owni

Nous venons de fêter les 100 ans de la naissance de Robert Doisneau, mais son œuvre va rester protégée jusqu’en… 2065, l’auteur étant mort en 1994. Cela signifie que de mon vivant, je ne verrai jamais entrer dans le domaine public le Baiser de l’Hôtel de Ville, pourtant réalisé en 1950, il y a plus de soixante ans. Et peut-être vous aussi, générations futures, ne le verrez-vous jamais entrer dans le domaine public, si la durée des droits est encore allongée, comme on peut le craindre !

La culture EST-elle libre et gratuite ? Oui, grâce au domaine public, mais aussi grâce aux exceptions au droit d’auteur.

Exceptions au  monopole de l’auteur

Nous pouvons par exemple heureusement faire gratuitement de courtes citations d’œuvres, mais ce n’est possible qu’en vertu d’une exception au monopole de l’auteur. Nous pouvons écouter les CD et DVD que nous achetons chez nous (encore heureux !), mais là encore, ce n’est possible que parce qu’existe une exception pour les représentations dans le cadre du cercle de famille. Les handicapés visuels peuvent obtenir en France gratuitement des œuvres adaptées, en gros caractères ou en braille, parce qu’une exception le leur permet.

Un monde dans lequel ces exceptions n’existeraient pas serait une dystopie digne d’Orwell ou de Bradbury. Combien nos libertés seraient fragilisées s’il nous fallait payer pour faire de simples citations ou pour chaque écoute de musique en privé ! Et pour supprimer la gratuité de l’exception handicapés, faudrait-il instaurer une taxe sur les cannes blanches et les lunettes noires !

Grâce aux exceptions au droit d’auteur, la culture EST donc libre et gratuite, et il est essentiel qu’il en soit ainsi. Un dernier exemple va nous permettre de revenir à l’environnement numérique.
Dans le monde physique, je peux tout à fait librement et gratuitement donner un livre qui m’appartient à la personne de mon choix. Comme cet acte n’implique aucune copie, ni aucune représentation, le droit d’auteur n’a absolument rien à dire à ce sujet et les titulaires de droit ne peuvent en aucune mesure s’y opposer.

Le jury des générations futures - © Jacob Khrist pour Owni

Cette forme de partage gratuit de la Culture joue un rôle essentiel. Combien de livres avez-vous découvert grâce à un ami ou à un conjoint qui vous les ont prêtés ou donnés ?
Dans l’environnement numérique cependant, cette faculté de partage est réduite à néant. Le même ouvrage sous forme numérique ne peut être envoyé par mail à un ami, car cet acte implique nécessairement une copie et une représentation. Il est donc contraire au droit d’auteur et c’est ainsi que le partage est devenu piratage.

Mécénat global, contribution créative…

Or pour vous, générations futures, il arrivera sans doute un moment où les livres papier disparaitront, ainsi que tous les autres supports physiques, et où toute la culture prendra une forme numérique. Peut-on accepter que ce passage au numérique ait pour conséquence une réduction tragique de la liberté de partager la culture ?

La culture DOIT-elle être libre et gratuite ? La vraie question est de savoir comment nous pouvons préserver pour les générations futures la liberté de partager la culture en toute légalité qui était la nôtre dans l’environnement physique.

Et là, je dis que cette liberté a nécessairement un prix et que le partage sous forme numérique ne pourra rester entièrement gratuit, si l’on veut qu’il soit reconnu comme un droit.
Plusieurs modèles ont été imaginés qui permettraient de consacrer le droit au partage dans l’environnement numérique. Ils peuvent prendre des noms et des formes différentes, qu’il s’agisse de la licence globale, de la contribution créative ou du mécénat global.

Tous reposent sur l’idée qu’en échange d’une contribution de quelques euros, prélevée sur l’abonnement Internet, les individus se verraient reconnaître un droit au partage des œuvres, pour des échanges hors marchés, sans finalité commerciale. Le modèle est celui des échanges décentralisés du P2P ou celui de la diffusion en ligne par le biais des blogs ou des sites personnels. Il ne s’agit en aucun cas des systèmes centralisés à la MegaUpload, qui impliquent nécessairement une transaction commerciale, sous une forme ou une autre.

Ce système consacre une liberté d’échanger la culture et permet de récompenser les créateurs, en fonction du nombre de partages de leurs œuvres, en leur reversant une part des sommes collectées à partir du surcoût à l’abonnement Internet. L’échange est alors libre tant qu’il s’effectue dans un cadre non commercial, mais même s’il n’est pas payant à l’acte, il n’est pas gratuit, puisque l’internaute doit s’acquitter de ce prélèvement mensuel.

Spirale répressive

Vous pourriez préférer, générations futures, de continuer à accéder illégalement aux œuvres, sans avoir rien à payer pour cela. Mais vous devez prendre en considération que cette gratuité a un coût, pour chacun de vous et pour la société toute entière.

Pour les accusés, Eric Walter, secrétaire général de l'Hadopi - © Jacob Khrist pour Owni

Car pour lutter contre le partage des œuvres, le législateur s’est engagé dans une spirale répressive, qui augmente sans cesse le niveau de la violence d’État et fait peser une grave menace sur nos libertés et sur l’intégrité d’Internet. Depuis vingt ans, les textes répressifs s’enchaînent à un rythme alarmant : Traité OMPI sur les DRM, DMCA américain, DADVSI en Europe et en France, Hadopi et la riposte graduée, SOPA/PIPA bloqués aux États-Unis mais aussitôt remplacés par CISPA, ACTA liberticide négocié dans le secret, mais arrivé aux portes du Parlement européen… Cette fuite en avant du droit et ces agressions continuelles contre les libertés sont le prix à payer de la gratuité, pour nous et pour les générations futures.

Si l’on veut que le partage devienne un droit reconnu et consacré par la loi, alors il faut être prêt à en payer le prix, qui est celui de la contribution créative. Pour les individus, c’est une somme modeste de quelques euros par mois ; pour les créateurs, c’est une nouvelle manne de plusieurs centaines de millions par an. Pour la société toute entière, c’est le prix d’une paix retrouvée.
Pour qu’il redevienne à l’avenir aussi simple de donner un fichier à un ami qu’un livre aujourd’hui.

La question n’est hélas plus de savoir si la culture doit être libre, mais si nous voulons le rester.

Nous et les générations futures.


Photographies par © Jacob Khrist pour Owni /-) et Usbek & Rica

Toutes les photos de la soirée ici

Lionel Maurel, alias Calimaq. Juriste & Bibliothécaire. Auteur du blog S.I.Lex, au croisement du droit et des sciences de l’information. Décrypte et analyse les transformations du droit dans l’environnement numérique. Traque et essaie de faire sauter (y compris chez lui) le DRM mental qui empêche de penser le droit autrement. Engagé pour la défense et la promotion des biens communs, de la culture libre et du domaine public. Je veux rendre à l’intelligence collective tout ce qu’elle me donne, notamment ici : twitter .

]]>
http://owni.fr/2012/04/19/plaidoyer-pour-une-culture-libre/feed/ 23
Les idéologues d’un monde sans enfant http://owni.fr/2012/01/23/les-ideologues-un-monde-sans-enfant/ http://owni.fr/2012/01/23/les-ideologues-un-monde-sans-enfant/#comments Mon, 23 Jan 2012 12:18:56 +0000 Stéphane Loignon http://owni.fr/?p=94362
Il n’est pas si lointain le temps où l’écrivain belge Théophile de Giraud et sa compagne arpentaient, songeurs, les routes du pays cathare, contemplant avec perplexité des banderoles qui annonçaient la fête des Pères. Ainsi est né le fruit de leur amour… la première fête des Non-Parents ! Bientôt trois ans et une santé de fer. Cette célébration, unique en son genre, a lieu en alternance à Paris et Bruxelles, sous le patronage bienveillant de la psychanalyste Corinne Maier, auteur de No kid : quarante raisons de ne pas avoir d’enfant : “J’en ai encore trouvé d’autres depuis ! ” confie-t-elle, forte de son expérience de mère d’adolescents, avant de poursuivre : 

Je ne m’étais pas posé suffisamment de questions avant d’avoir des enfants.

En Europe, la natalité est la plus faible au monde : l’indicateur de fécondité (1,53 enfant par femme en moyenne aujourd’hui) y est inférieur au seuil de renouvellement des générations (2,1) depuis les années 1970. Sur un Vieux Continent qui n’a jamais autant mérité son surnom, faire des enfants n’est plus une évidence. Faut-il s’en plaindre ou s’en réjouir ?

Terriens à la barre

Terriens à la barre

En 2050, la population mondiale atteindra les neuf milliards, selon les démographes. Et depuis octobre dernier, nous sommes ...

Pourquoi fait-on si peu d’enfants en Europe ?

Par hédonisme. La “transition démographique” – marquée par le recul de la mortalité et de la fécondité grâce à l’amélioration de l’hygiène, des conditions de vie et aux progrès de la médecine – a débuté à la fin du xviiie siècle en France et en Grande-Bretagne, avant de s’étendre à l’Europe, aux États-Unis, puis au reste du monde. Notre continent est le premier à avoir achevé ce processus, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Depuis les années 1960, l’Europe connaîtrait une “seconde transition démographique”, caractérisée par une fécondité durablement inférieure au niveau de remplacement des générations et un déclin du mariage, selon un rapport publié en 2011 par l’Institut national d’études démographiques (Ined). Les auteurs de cette étude lient ce phénomène à une mutation sociale :

À mesure que les populations occidentales sont devenues plus riches et mieux instruites, leurs préoccupations se sont détachées des besoins strictement associés à la survie, la sécurité et la solidarité. Davantage d’importance a été donnée à la réalisation et la reconnaissance de soi, la liberté de pensée et d’action (recul de la religion), la démocratie au quotidien, l’intérêt du travail et les valeurs éducatives.

Les autres continents suivront-ils le modèle européen ?

Oui, mais jusqu’où ? Voilà la question. L’Amérique du Nord a connu une évolution similaire à celle de l’Europe, mais la baisse de la natalité a été enrayée : l’indicateur de fécondité est même remonté à 2,03 après avoir chuté à 1,80 dans les années 1970 – cette hausse étant due à la natalité plus forte des populations récemment immigrées aux États-Unis. L’Asie (2,28), l’Amérique latine (2,30) et l’Océanie (2,49) voient leur fécondité se rapprocher du seuil de renouvellement. Seule l’Afrique continue à avoir une fécondité élevée, mais celle-ci diminue rapidement (4,64 contre 6,07 à la fin des années 1980). Selon le démographe Gilles Pison, il est très difficile de prévoir le comportement de ces continents une fois leur transition démographique achevée. La fécondité pourrait aussi bien s’y stabiliser au niveau du seuil de renouvellement que se fixer durablement en dessous. Alors, écrit-il dans son Atlas de la population mondiale,

si la famille de très petite taille devient un modèle se répandant dans l’ensemble du monde de façon durable, avec une fécondité moyenne en dessous de deux enfants par femme, la population mondiale, après avoir atteint un maximum de 9 milliards d’habitants, diminuerait inexorablement jusqu’à l’extinction à terme.

Faut-il faire moins d’enfants pour sauver la planète ?

Pas forcément. Nous sommes aujourd’hui 7 milliards d’habitants et finirons le siècle entre 9 et 10 milliards, suivant les estimations. Pourra-t-on nourrir tout le monde ? Oui, selon l’étude Agrimonde, publiée début 2011 par l’Inra et le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Il sera même possible de le faire dans le respect de l’environnement, à trois conditions : ne pas généraliser le modèle alimentaire des pays industrialisés (25 % de gaspillage dans les pays de l’OCDE), faire le choix d’une agriculture productive et écologique, et sécuriser les échanges internationaux de produits agroalimentaires. Mais au-delà de la question de la nourriture, il existe un problème écologique.

Après 2050 l’espèce humaine s’éteindra

Après 2050 l’espèce humaine s’éteindra

Constat guère réjouissant, mais espoir tout de même, mardi au Tribunal pour les générations futures. Procureur, accusés ...

Le think tank américain Global Footprint Network calcule chaque année la date à laquelle nous avons consommé l’équivalent des ressources naturelles que peut générer la Terre en un an sans compromettre leur renouvellement. En 2011, le couperet est tombé le 27 septembre, contre début novembre en 2000. À ce rythme, l’humanité aura besoin de deux planètes par an en 2030, d’après un rapport du WWF paru en 2010. Il faut donc soit stopper l’accroissement démographique, soit consommer différemment ou moins. « Il faut se limiter à deux enfants dans les pays occidentaux », considère Denis Garnier, président de l’association Démographie Responsable (qui promeut aussi la contraception et l’éducation des femmes dans les pays en développement). Ce n’est pourtant pas ce genre d’autolimitation qui changera quoi que ce soit au final, vu le déjà très faible niveau de fécondité en Occident. Comme l’écrit Gilles Pison,

la survie de l’espèce humaine dépend sans doute moins du nombre des hommes que de leur mode de vie.

Une démographie déprimée est-elle le signe d’une société déprimée ?

Oui. Dans son essai La Fin de l’humanité, le philosophe Christian Godin établit un lien entre la faiblesse de la natalité dans les sociétés occidentales et leur déprime supposée. Si la part de sujets cliniquement dépressifs en Europe reste modérée (6,9 % de la population en 2011, d’après une étude du Collège européen de neuropsychopharmacologie), la morosité semble bien plus répandue : selon une étude BVA de janvier 2011, seuls 26 % des Européens de l’Ouest estimaient que l’année à venir serait meilleure que celle passée, contre 63 % de la population des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et 43 % des habitants de la planète. Or, faire des enfants suppose d’avoir confiance en l’avenir. Il faut aimer le monde pour vouloir le peupler , estime ainsi Christian Godin. Une partie des militants Childfree (défenseurs de la non-parentalité) revendiquent ouvertement le pessimisme.

Naître est une aventure pénible, la Terre est quand même plutôt inaccueillante,

juge Théophile de Giraud, qui s’inscrit dans la continuité de Calderón (Le plus grand crime de l’homme, c’est d’être né ») et Cioran (« La véritable, l’unique malchance : celle de voir le jour “).

Est-il Égoïste de ne pas vouloir d’enfants ?

Oui et non. ” Faire des enfants implique des sacrifices considérables, personnels et professionnels , souligne Corinne Maier, en connaissance de cause. « Narcissisme », rétorque Christian Godin :

Désormais, chaque individu vit son existence comme s’il voulait dire : je suis content d’être le dernier homme, la dernière femme. Même si le monde devait s’arrêter après moi, (…) au moins j’aurai été consommateur de ma vie.

Mais pour les Childfree, l’argument de l’égoïsme ne tient pas, comme l’explique Kristen Bossert, porte-parole de la communauté No Kidding!, qui organise toutes sortes d’activités pour les non-parents aux États-Unis : « Quand je demande à des gens pourquoi ils font des enfants, ils me répondent “pour qu’ils prennent soin de moi quand je serai vieux” ou encore “pour transmettre le nom de notre famille”. Ce sont des raisons très égoïstes. » Conclusion de Magenta Baribeau, auteur d’un documentaire sur les Childfree : « Parents, non-parents, tout le monde est égoïste, la question ne se pose donc pas ! »


Article à retrouver dans la nouvelle formule d’Usbek & Rica, en kiosque le 25 janvier !

]]>
http://owni.fr/2012/01/23/les-ideologues-un-monde-sans-enfant/feed/ 25
Après 2050 l’espèce humaine s’éteindra http://owni.fr/2012/01/18/lextinction-de-lespece-humaine-apres-2050/ http://owni.fr/2012/01/18/lextinction-de-lespece-humaine-apres-2050/#comments Wed, 18 Jan 2012 11:06:23 +0000 Fabien Soyez http://owni.fr/?p=94469

Hier, l’INSEE communiquait ses derniers relevés de la population française, mettant en évidence une croissance de dix millions d’âmes en trente ans. Projetés sur une très longue période, ces résultats s’avèrent dérisoires. C’est l’un des constats qui s’imposaient hier soir à la Gaité Lyrique, à Paris, lors du troisième “Tribunal pour les générations futures” consacré à la démographie mondiale et à la place de l’homme sur Terre vers 2050. Un procès-spectacle organisé par nos amis du magazine Usbek & Rica.

Comme dans tout bon procès, la parole est à l’expert, place à l’objectivité. Gilles Pison, démographe à l’INED, est appelé à la barre. Chiffres sous le coude, il illustre une “situation exceptionnelle” :

Pour parler du futur, nous devons remonter le passé, 2000 ans en arrière. Nous étions alors 250 millions d’habitants. La population n’a pratiquement pas augmenté, jusqu’en 1800. Entre 1927 et 2012, brusquement, les chiffres ont grimpé en flèche.

À titre d’exemple, entre 1800 et 2000, la population Européenne a été multipliée par quatre. Comme le rappelle l’expert, “quatre bébés naissent par seconde. Comme deux personnes meurent aussi par seconde, cela fait deux personnes en plus chaque seconde.” Et d’expliquer pourquoi ce changement si soudain, à partir du XIXe siècle :

Autrefois, les familles faisaient six enfants en moyenne, mais la moitié mourrait en bas âge, la population n’augmentait donc pas. Avec le progrès technique, la découverte des vaccins, la mortalité des enfants a baissé et un excédent des naissances sur les décès est apparu (…) Les gens se sont rendu compte que les enfants avaient un coût, alors ils ont limité les naissances à deux enfants par couple.

Un nouvel équilibre est alors apparu, en Europe, en Amérique et en Asie. Seule l’Afrique connaît une transition démographique “un peu plus tardive”, mais d’après Gilles Pison, “elle finira elle aussi par rejoindre l’équilibre.”

L’expert nommé par le “Tribunal pour les générations futures” passe maintenant la population humaine dans le simulateur de l’INED et expose les différents scénarios imaginés par les Nations Unies. D’abord, celui de l’extinction, causée par le modèle des familles de très petite taille :

Si les pays en voie de développement copient les pays où la transition démographique est achevée et font moins de deux enfants par femme, de façon durable, la population mondiale, après avoir atteint un maximum de 9 milliards d’habitants, diminuera inexorablement jusqu’à l’extinction à terme.

Passé le scénario “irréaliste” d’un niveau de fécondité constant, où la population atteindrait 134.000 milliards en 2300, Gilles Pison en arrive au scénario “moyen”, celui du retour à l’équilibre, avec une fécondité stabilisée à deux enfants par femme, assez pour assurer le remplacement des générations :

En 2050, la population mondiale atteindrait les neuf milliards et se stabiliserait à ce chiffre. Mais ce scénario ne fait qu’indiquer le chemin si l’on veut que l’espèce ne disparaisse pas. La fécondité baisse partout sur la planète sans qu’il y ait besoin d’imposer le contrôle des naissances. Ce n’est pas la question du nombre des hommes que l’on doit se poser, mais plutôt celle de la façon dont ils vivent. Sommes-nous trop nombreux, ou consommons nous trop ? Ce sera mon dernier mot.

Quittant la barre, l’expert est vite remplacé par le premier accusé. La parole est à Didier Barthès, de l’association écologiste Démographie Responsable. Face à “l’explosion démographique”, l’accusé fait le pari que “la question écologique sera au coeur des préoccupations futures, ou alors le monde deviendra invivable, sans forêt, sans animaux… En fait, nous n’avons pas le choix !” A Démographie Responsable, on milite pour un contrôle des naissances. Didier Barthès s’insurge contre la croisade faite contre les “malthusiens” :

On nous traite de tous les noms, fascistes, eugénistes, antihumains, même. Jamais nous n’avons prôné une quelconque sélection, et on ne propose pas de tuer les gens ! Nous vivons une époque exceptionnelle, nous n’avons jamais été aussi nombreux et ça ne durera pas. “Croissez et multipliez”, c’est une belle phrase, mais qui a été écrite il y a 2000 ans, dans un monde où il n’y avait que 200 millions d’habitants.

Comment éviter le cataclysme ? Pour l’accusé, “on peut changer notre consommation d’énergie, recycler, ça ne changera rien au fait que nous grignotons la planète en consommant de l’espace !” Une consommation qui se traduit par une élimination du reste du vivant :

En 110 ans, nous avons éliminé 97 % des tigres. Voulons-nous d’un monde en bitume, sans vie ? L’humanisme, c’est avant tout ne pas détruire le reste du vivant, tout en assurant la durabilité des sociétés.

En guise de conclusion, Didier Barthès propose de limiter les naissances à deux enfants par femme dans les pays occidentaux. “Si nous redescendons vers une évolution plus douce, si nous allons vers une modestie démographique, nous éviterons l’extinction qui nous guette.”

Sur ces paroles qui résonnent lourdement dans le tribunal, Théophile de Giraud, écrivain et inventeur de la Fête des Non-Parents, fait une entrée fracassante. L’accusé, auteur d’un manifeste antinataliste, s’avance, pose sur le pupitre un biberon rempli de bière. Il sort un pistolet factice, et commence lentement à se déshabiller : “Il faut regarder les choses en face, la vérité est nue !”

Au-delà du show, l’accusé n’oublie pas son discours. Et se met à citer Marguerite Yourcenar, qui répondait à Matthieu Galey, dans Les Yeux ouverts :

L’explosion démographique transforme l’homme en habitant d’une termitière et prépare toutes les guerres futures, la destruction de la planète causée par la pollution de l’air et de l’eau.

Théophile de Giraud est accusé par le procureur Thierry Keller de “haïr l’humain”. Non, répond l’accusé, dans sa nudité originelle : “On ne questionne pas le désir d’enfant, avons-nous le droit de mettre un enfant au monde, et si oui, sous quelles conditions ?” L’écrivain s’attaque au concept de décroissance.

La décroissance économique est impossible, les pays en voie de développement veulent nous rejoindre et ces gens ont le droit de connaître notre confort. Mais la décroissance démographique, c’est possible ! Vive le dénatalisme ! Laissons les femmes choisir, elles préfèrent la qualité à la quantité.

Le plaidoirie de l’accusé a de quoi surprendre : “La planète est plus que trop “surpollupeuplée” ! Cela n’a rien à voir avec le progrès ou le mode de vie, on a l’exemple de civilisations sans technologie qui se sont effondrées, comme l’Île de Paques. Le problème, c’est la quantité de population sur un territoire donné. Nous agonisons sous le poids du nombre !” En brandissant son arme factice, l’accusé conclut :

La natalité est un crime contre l’humanité, vos enfants connaîtront les guerres pour l’accès aux dernières ressources disponibles… Si vous aimez vos enfants, ne les mettez pas au monde !

C’est au tour du procureur de parler. Thierry Keller est rédacteur en chef du magazine Ubsbek & Rica. Dans son dernier numéro, le journaliste reprend la théorie de Christian Godin, philosophe, qui affirme que l’humanité s’éteindra d’elle-même. Cela se passera autour de l’année 2400.

Il n’y aura pas besoin de faire la guerre, nous disparaîtrons par manque de motivation. Cette fameuse explosion démographique, c’est en réalité un mouvement vers la décélération démographique, puis l’extinction. Sommes-nous trop nombreux ? En fait, nous aurions dû poser la question autrement : serons-nous assez nombreux demain ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Si en seulement 50 ans, nous sommes passés de trois à six milliards d’individus, les taux de fécondité s’effondrent. En Russie, 142 millions d’âmes, la population descendra à 110 000 en 2100, selon la simulation de l’ONU. Au Maroc, elle passera de 31 millions aujourd’hui à 39 millions en 2050, mais chutera jusqu’à 33 000 habitants en 2200. Scénario digne du roman Les Fils de l’homme, de P.D. James.

Pourquoi cette baisse de fécondité ? Parce que, par peur du lendemain, par hédonisme, nous n’avons plus envie. L’enfant encombre, on pense à aujourd’hui avant demain. Nous ne pouvons pas disparaitre ainsi, avant d’avoir résolu certaines énigmes, d’où nous venons, où nous allons. L’aventure humaine ne doit pas se terminer !

Défenseur de la natalité, Thierry Keller s’adresse alors au jury, quatre personnes tirées au sort parmi le public : “Nous avons encore des choses à faire sur Terre. Jury, vous incarnez les générations futures, je vous demande ce soir de voter non à la question “sommes-nous trop nombreux ?””

Réponse unanime du jury : le non l’emporte. Les accusés, les antinatalistes, sont donc jugés coupables. En apparence, du moins. Se détachant du groupe de jurés, Mathilde, 23 ans, explique son vote :

On devait choisir si oui ou non nous étions trop nombreux sur Terre… Ma réponse, c’était ni oui ni non, je trouve ce choix, entre vivre dans un monde pourri ou s’éteindre doucement, trop manichéen. Les deux solutions sont trop extrêmes.

La jeune graphiste se range “volontiers du côté de l’expert, qui est resté objectif. J’attends de voir, il doit bien exister un juste milieu.” Comme pour lui faire écho, Gilles Pison, en sortant du tribunal, lance :

Le modèle humain n’est pas celui des mouches qui vivent dans un bocal. La population évolue de l’intérieur, c’est avant tout une question de choix. A long terme, notre survie dépendra plus de nos comportements, de notre consommation des ressources, que de notre contrôle des naissances.

Illustration : Nils Glöt pour Usbek & Rica
Photos : Ophelia Noor pour Owni /-)

]]>
http://owni.fr/2012/01/18/lextinction-de-lespece-humaine-apres-2050/feed/ 53
Terriens à la barre http://owni.fr/2012/01/17/terriens-a-la-barre/ http://owni.fr/2012/01/17/terriens-a-la-barre/#comments Tue, 17 Jan 2012 14:09:13 +0000 Fabien Soyez http://owni.fr/?p=94261

Après 2050 l’espèce humaine s’éteindra

Après 2050 l’espèce humaine s’éteindra

Constat guère réjouissant, mais espoir tout de même, mardi au Tribunal pour les générations futures. Procureur, accusés ...


Nos amis de l’excellent Usbek & Rica,le magazine qui raconte le présent et explore le futur, organisaient ce mardi soir à la Gaité Lyrique à Paris le “Tribunal des générations futures”. Après l’immortalité, la fermeture des prisons et la fin du vote, c’était au tour de la natalité et de la surpopulation mondiale de faire l’objet de cette conférence spectacle en forme de procès. Procureur, accusés… chacun a affirmé un point de vue différent.

Sur le banc des accusés, les anti-natalistes. Accusés de haine contre l’humanité, ils défendent la thèse d’une explosion démographique. Une peur irraisonnée, qui frappait déjà en leur temps, Aristote, Platon, puis l’économiste britannique Malthus, à la fin du 18e siècle. Didier Barthès, responsable de l’association écologiste Démographie Responsable, les représente. Il est accusé de militer pour la “stabilisation, voire une diminution de la population humaine”, et de vouloir réhabiliter Malthus, le pionnier du contrôle des naissances. Voici l’extrait édifiant d’un billet posté par ledit accusé sur son blog :

Le pasteur anglais est l’un des premiers à avoir compris la finitude du monde. A terme, la croissance de la population l’emporterait sur celle des ressources, conduisant le monde aux famines et aux désordres afférents. Il est de bon ton de rappeler avec condescendance que Malthus se serait trompé. Il n’aurait pas pris la juste mesure du progrès technique et en aurait sous estimé les conséquences. Il faut être conscient que le progrès technique nous a permis d’accéder plus vite aux ressources fossiles que la nature avait mis plusieurs dizaines de millions d’années à constituer. Il nous a permis de consommer plus rapidement le capital de la planète. A l’épuisement prochain de ces réserves, la prédiction malthusienne retrouvera toute sa force.

Didier Barthès est inculpé d’avoir proposé de limiter les naissances à deux enfants par femme dans les pays occidentaux. A ses côtés, Théophile de Giraud, écrivain et inventeur en 2009 de laFête des Non-Parents. Ce dernier est l’auteur d’un manifeste antinataliste, “L’Art de guillotiner les procréateurs“, dont nous produisons ici un extrait accablant pour l’accusé :

On pourra faire remarquer que l’espèce humaine n’existait pas voici un milliard d’années et que personne ne s’en plaignait… Imaginons à présent que notre espèce disparaisse bel et bien, qui donc demeurera-t-il pour s’en plaindre ? Le dernier des hommes ? Non, non, celui-là aussi aura disparu ; alors quelle voix humaine gémira-t-elle sur l’évaporation du plus féroce de tous les prédateurs ? Qui regrettera que l’embranchement des primates, qui n’a encore jamais cessé de se faire la guerre et de s’entretuer depuis qu’il s’est (un peu, ô si peu) différencié des autres singes, ait tout à coup cessé d’exister ? Les animaux que nous passons notre temps à exploiter, maltraiter, torturer, emprisonner et génocider ? Certes non.

Cliquez sur l'image pour voir l'infographie

Thierry Keller, rédacteur en chef d’Usbek & Rica sera le procureur de ce procès. Il rappelle que selon l’expert Gilles Pison, démographe à l’INED, la population mondiale se stabilisera d’ici à 2100 aux alentours de 10 milliards d’individus, et que les chiffres sont parfois trompeurs. Christian Godin, philosophe, a ainsi affirmé quel l’humanité s’éteindra d’elle-même, vers 2400, par “désintérêt de soi, par désinvestissement de soi”.

Si en seulement 50 ans, nous sommes passés de trois à six milliards d’individus, les taux de fécondité s’effondrent. La Chine, qui frôle les 1,4 milliards d’habitants, deviendra dans 40 ans “un pays de vieux“, en raison de sa politique de l’enfant unique. D’où, lance le procureur, la nécessité de faire des enfants au lieu de contrôler les naissances. Christian Godin affirme :

Il n’y aura pas de stabilisation mais un déclin inexorable, jusqu’à l’extinction démographique. Regardons l’exemple des pays occidentaux : on parle sans cesse de la France comme “championne d’Europe de la natalité”. Mais si on regarde de plus près, on s’aperçoit qu’elle n’arrive même pas au seuil qui permettrait le renouvellement des générations.

Aux arguments des écologistes et autres malthusiens, les humanistes représentant les générations futures répondent qu’avec la densité de Paris, on pourrait loger 7 milliards de personnes sur un territoire équivalent aux deux tiers de la France. Pourquoi parle-t-on de surpopulation, si les taux de natalité s’écroulent partout dans le monde ? Sommes-nous vraiment trop nombreux sur Terre ? Les éléments de l’accusation portée contre Didier Barthes et Théophile de Giraud sont de nature morale. Les inculpés sont accusés de ne pas avoir confiance en l’Homme et en son extraordinaire capacité à inventer et à s’adapter. Le procureur Keller affirme, dans Usbek & Rica :

Si l’espèce humaine est capable du pire, elle l’est aussi du meilleur. Chacun voit bien que nous sommes collectivement engagés dans un drôle de processus, qui doit nous mener tout droit à la grande catastrophe. Mais de par le monde se lèvent des individus qui refusent de se laisser emporter par le pessimisme. Ce sont ceux, et nous en faisons partie, qui se motivent pour écrire de nouvelles pages de l’Histoire. Peut-être est-ce de cela dont nous manquons le plus, après tout : de motivation pour continuer.

En conséquence, nous sommes d’avis que les anti-natalistes soient mis en jugement à la Gaieté Lyrique, ce soir à 19h. Un jury sera tiré au sort parmi le public et du débat naîtra (peut-être) la vérité.


D.A par © Almasty et visuel du bébé par ©Tofdru pour Usbek et Rica

]]>
http://owni.fr/2012/01/17/terriens-a-la-barre/feed/ 7
[DIY-data] La data-girouette des promesses de Sarkozy http://owni.fr/2011/06/03/diy-data-owni-et-usbek-data-girouette/ http://owni.fr/2011/06/03/diy-data-owni-et-usbek-data-girouette/#comments Fri, 03 Jun 2011 06:42:33 +0000 Alexandre Léchenet http://owni.fr/?p=65842 Billet initialement publié sur le Data blog d’OWNI


Dans le numéro d’Usbek et Rica actuellement en kiosque, OWNI a gentiment hacké deux pages pour lancer le data-journalisme sur le papier. Un peu dans la même veine que le kit de data-visualisation fait maison, notre DA Loguy a concocté, avec l’aide de Jean-Marc Manach et de la rédaction, une belle data-girouette à monter à la maison.

Pour vous éviter de découper dans le beau papier d’Usbek et Rica, nous vous proposons les deux girouettes ici, prêtes à être imprimées et fabriquées.

Le Zef’ de 2012

La première girouette se concentre sur les promesses de Nicolas Sarkozy en 2007. Rappelez-vous.

Ensemble tout devient possible.

Nous reproduisons ici le document.

Voilà ce que ça donne quelques quatre ans plus tard, passés à la moulinette OWNI. La girouette fait coïncider la promesse de Nicolas Sarkozy avec un fait d’actualité. Au hasard : “Je veux être le Président d’une démocratie irréprochable” se retrouve en face de “Un ministre condamné, un autre mis en examen et 30 scandales impliquant le quart de ses ministres“. On s’excuse par avance, on n’a pas fait de mise à jour de l’app-IRL avec les récents événements.

cliquez sur l’image pour la voir en grand format et débrouillez vous pour l’imprimer en A4

Un fait divers, une loi

Saviez-vous qu’en raison de la publication, dans Métro, d’une photo d’un homme s’essuyant le postérieur avec un drapeau de la France en mars 2010, un décret à été proposé par Michèle Alliot-Marie en juillet 2010 pour sanctionner l’outrage au drapeau ? Et qu’à la suite de l’attaque d’un enfant par un Rottweiler a été créé un “permis de détention de chien dangereux” ?

C’est un des rouages de la machine Sarkozy. Utiliser un fait divers pour écrire la loi. Rouage qui a inspiré la seconde girouette.

cliquez sur l’image pour la voir en grand format et débrouillez vous pour l’imprimer en A4

La data-girouette est une œuvre conçues grâce aux idées et informations dépistées par Jean-Marc Manach, Alexandre Léchenet, Sylvain Lapoix, Guillaume Ledit et Nicolas Voisin. Mises en forme et en image par Loguy. Publiée par Usbek et Rica.

]]>
http://owni.fr/2011/06/03/diy-data-owni-et-usbek-data-girouette/feed/ 0
Jérôme Ruskin: “le monde des idées peut être utile à tous” http://owni.fr/2010/09/10/jerome-ruskin-le-monde-des-idees-peut-etre-utile-a-tous/ http://owni.fr/2010/09/10/jerome-ruskin-le-monde-des-idees-peut-etre-utile-a-tous/#comments Fri, 10 Sep 2010 19:35:57 +0000 Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=27862 L’équipage de la soucoupe apprécie beaucoup l’initiative de Jérôme Ruskin et de son équipe. Au point de se rencontrer, de créer ensemble des applications autour de l’idée d’uchronie, et de vouloir en savoir plus sur leur aventure. A l’occasion de la sortie du numéro deux, entretien avec le fondateur d’Usbek & Rica.

OWNI: Quelle est la genèse d’Usbek & Rica?

Jérôme Ruskin: J’ai fait l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), sorte de grand kibboutz intellectuel, où il y a 1 000 intellos qui nous entourent. Ils nous transmettent leur savoir, une passion. Et le savoir qu’ils transmettent est super intéressant et utile. Sauf que c’est un savoir qui est très nombriliste, puisque réservé à ceux qui sont dans ces cours, ou à ceux qui ont accès aux revues comme Esprit. Tout le monde peut y avoir accès, mais il faut le capital culturel pour comprendre.

L’idée était de rendre le contenu de ces cours accessibles. C’est l’idée de base: travailler sur cette démocratisation, cette diffusion, et permettre au plus grand nombre d’accéder au monde des idées.

On part de l’intime conviction que le monde des idées peut être utile à tous pour réfléchir sur soi, sur les autres et sur le monde.

Tout à commencé à l’EHESS?

C’est à l’EHESS que j’ai commencé à travailler à une ligne éditoriale: l’ambition était d’être généraliste, de mélanger des jeunes talents et des experts. Comme j’étais très naïf en ce qui concerne la création d’entreprise et qu’en tant que sociologue je ne pouvais absolument pas obtenir de prêt bancaire auprès de mon banquier, j’ai été faire un petit master en entrepreneuriat à l’EM Lyon, et c’est là que j’ai travaillé l’aspect “business model” de la chose.

En parlant de business model, pourquoi avoir choisi ce format et ce modèle de distribution?

Au début j’étais parti sur un scénario de gratuit: quoi de mieux pour démocratiser? Mais il n’y a pas de modèle, surtout qu’on était en temps de crise, et qu’il est de fait très difficile de financer des choses par la pub dans ces moments là. On s’est dit qu’il fallait aller en kiosques, mais on a vite compris que quand on est tout petit c’est compliqué.

On a commencé à travailler en se disant que notre métier était de démocratiser Esprit et la Revue des deux Mondes. Et où sont ces deux revues? En librairie. Donc on s’est intéressé au modèle du livre, XXI est sorti et on s’est dit: “Voilà, c’est possible”.

Ce qui nous a orienté vers ce choix c’est aussi la qualité de la distribution, parce que la gestion des invendus et celle des stocks permettent à terme de faire d’arriver à 10% d’invendus, ce qui est exceptionnel! Un magazine qui fait 10% d’invendus c’est une révolution pour le monde de la presse. Tout ça parce qu’il y a un truc tout con qui s’appelle le code-barre que les libraires utilisent. Cela me permet de savoir exactement où Usbek & Rica se vend. Le livre ne bénéficie pas assez du code-barre, pour un périodique, on peut affiner à terme: c’est ça qui est génial.

La bataille se fait dans le contenu, et pas sur le prix.

En kiosque, la bataille se fait sur le prix: un magazine à un euro et un magazine à deux euros ne se vendent pas de la même manière. En librairie un magazine à 10 euros et un magazine à 15 euros ont des ventes équivalentes à contenu égal, donc c’est vraiment la qualité qui prime.

XXI a servi de modèle?

On est arrivé à cela en tâtonnant. On a creusé ce modèle et au fur et à mesure on a rencontré les bons acteurs pour nous accompagner dans cette aventure. La sortie de XXI a confirmé notre intuition.

C’est à travers le réseau de l’école que j’ai rencontré d’autres acteurs: des gens de chez Hachette, de chez Gallimard. On s’est rendu compte que le modèle du livre était intéressant pour nous. Pour plusieurs raisons: la première est qu’il n’y a qu’un seul pari qui est fait, celui de la qualité.

L’objet en lui-même est  important ?

Dans la matérialité de l’objet on peut aller vers quelque chose de plus intéressant, ce qui est nécessaire voir obligé pour compléter Internet. On oppose pas les deux, c’est pas l’un ou l’autre c’est l’un et l’autre. Mais le papier doit trouvé une nouvelle dimension, et la dimension design/objet est importante, ce qui est permis avec le monde du livre, pas dans celui du kiosque.

On remarque aussi l’importance de la maquette et du design…

On est vraiment sur une dimension objectale importante. En ce moment, on voit l’arrivée des tablettes et liseuses dans le monde du livre, qui posent beaucoup de questions au monde du livre. La dimension design est une dimension très importante à cette égard. Il faut créer de l’objet pour répondre à ces défis, et jouer sur le côté collection et fétichisme de la chose.

Il y a une résistance de l’objet.

La question que je me pose c’est si on est dans un retour ou dans une résistance de l’objet. Moi j’aime à penser qu’il y a une résistance de l’objet. On rencontre souvent des gens qui évoluent dans le monde d’internet et qui sont un peu hallucinés par tous ces formats de mooks [contraction de magazine et de book] parce que c’est souvent des fans de design, en admiration face à un bel objet. C’est vrai que quand je vais à l’imprimerie et que je rencontre des ouvriers qui sont des passionnés, des experts en couleurs, je suis fasciné. Assister à cette chaîne de production c’est énorme.

Q: Usbek & Rica privilégie les contenus au format long, c’est une idée fixe?

On est parti d’une vraie réflexion par rapport à Internet, et tout ce qui tourne autour de la société de la vitesse etc… Aujourd’hui, est-ce que ça a du sens de faire un quotidien papier? C’est une vraie question. Les sites Internet remplisse très bien cette fonction d’information pure. Nous, l’information, on la traite et on la prend pour faire de la formation. On est sur de l’analyse, en essayant de traiter l’information pour faire apprendre des choses aux personnes qui nous lisent. Il y a aussi le fait que cela nous permet d’être plus politique, en insistant sur le côté engagé et engageant de la revue.

Q: Comment s’organise la rédaction pour préparer un numéro?

On est quatre à temps-plein, dix en équipe resserrée, et sur un numéro on fait intervenir une soixantaine de personnes. Notre modèle de création s’articule autour d’un rédacteur en chef et de son adjoint. C’est avec eux qu’on pense les sujets, qu’on essaye de voir ce qu’il est pertinent de traiter pour nous. Surtout que l’on dispose seulement de 12 numéros: ça nous pousse à aller à l’essentiel.

L’idée c’est d’aller chercher des jeunes talents, des jeunes plumes, reconnues ou non, qui veut aller challenger des experts sur des sujets que l’on juge importants. Et c’est en ça qu’on démocratise: on va chercher la substance d’un expert qui travaille depuis des années sur un sujet, qui a pas forcément le temps d’écrire et qui sait pas forcément écrire en démocratisant, et lui dire: “viens nous raconter, vois les questions que nous on se pose, éclaire nous”. Après on reçoit, on se réapproprie et on critique: et on essaye de coucher ça de manière habile sur papier.

Q: Comment définissez-vous vos sujets? Vous avez de l’avance?

On a généralement un numéro d’avance, mais on se laisse tout le temps une marge de manœuvre par rapport à l’actualité. Bien qu’on ne traite pas d’actualité pure, on s’appuie sur elle pour penser nos sujets. La démarche peut se résumer à: prise de hauteur, retour sur des événements: contrepied et contretemps. C’est comme la bédé: on a nos 12 numéros, on sait exactement où va l’histoire: on a donc le fil. Mais les perles qu’on enfile sont liées à l’actualité. Par exemple, dans le numéro 2, on va voir Ribéry, Obama, Benoît XVI… Le canevas est assez précis mais les angles, les accroches, les approches sont liés à l’actu.

Q: Contrairement à XXI, vous n’êtes pas sur du reportage.

C’est intrinsèque à la nature même du projet. Quand je dis que mon boulot c’est de démocratiser Esprit, mon boulot c’est de produire de l’analyse, pas du reportage. A Usbek & Rica on se définit pas comme des journalistes. On n’est pas journalistes: Thierry [Keller, rédacteur en chef] et moi-même n’avons pas une formation de journaliste. Lui il vient du militantisme, de la politique et de la fiction. Notre pari est d’être sur le monde des idées, pas sur celui des faits et de l’actualité. On prend appui dessus mais on essaye d’aller au-delà. Mais le travail journalistique est un travail nécessaire, on ne remet pas ça en cause.

Q: Pourquoi vous vous attachés tant au futur?

La raison première c’est d’être systématiquement dans la proposition, pour être une revue utile et engagée et engageante. Mais faire des propositions sur tout à 26 ans, c’est compliqué. Donc au lieu de faire des propositions fermées on s’est dit : “ouvrons un petit peu le champ et travaillons sur des hypothèses”. Et posons les bonnes questions, ce sera déjà un gros pas en avant. C’est pour ça qu’on traite de la question de l’utérus artificiel et de celle de l’immortalité dans le numéro 1 et que dans le 2 on se penche sur des avancées de la robotique et sur leur influence sur notre société.

On a aussi pensé des formats pour penser le futur: signal faible, scénario etc… On essaye d’accentuer cette dimension pour travailler pour demain. Par rapport à XXI, on peut se dire qu’on est un peu plus engagé. L’utopie sur la fermeture des prisons est symptomatique de cela: on marque clairement qu’on a des choses à dire et qu’on a envie de s’engager sur les grandes questions de société.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Q: Vous commencez à avoir une idée de ceux qui constituent le lectorat d’Usbek & Rica?

Sur un numéro, c’est un peu difficile. On commence à avoir des premières pistes: on touche plus les 25-40 ans, et notre lectorat est bien réparti entre villes et campagnes. Ce sont les seuls indicateurs que l’on a pour le moment.

Q: En terme financier, vous avez de la visibilité?

On est capables de faire 4 numéros sur quasi fonds propres et après faut que ça marche. A fin août, on est à 15 000 exemplaires vendus du 1er numéro, avec un point mort à 20 000. On est donc à 75% du chemin, avec le mois de juin qui était un mauvais mois pour le monde de librairie.

Il y a une dizaine d’investisseurs, qui sont des sortes de parrains. Ils m’ont prêté de l’argent, 200 000 euros en fonds propres, et la banque a complété avec 300 000 euros sous forme de prêt sur lequel j’ai une caution personnelle. Si tout va mal je perds 50 000 euros: c’est une grosse somme, surtout quand on a rien, mais c’est le risque et ça vaut le coup.

Q: Ça vaut le coup parce que tu es passionné…

C’est viscéral: à un moment donné c’était quasi maladif, c’est une obsession! Tu ne sais parler que de ça, tu ne parles que de ça, tu ne penses qu’à ça, et tes meilleurs amis en arrivent à te dire: “Hey mon gars! Arrête! Il y a un match de foot!” Et ils ont raison parce qu’au final qu’est ce qu’on fait? On ne fait qu’un journal, ou une revue… Je n’ai pas inventé le vaccin contre le Sida.

]]>
http://owni.fr/2010/09/10/jerome-ruskin-le-monde-des-idees-peut-etre-utile-a-tous/feed/ 4
Ces petits jeunes qui se lancent dans le papier http://owni.fr/2010/06/07/ces-petits-jeunes-qui-se-lancent-dans-le-papier/ http://owni.fr/2010/06/07/ces-petits-jeunes-qui-se-lancent-dans-le-papier/#comments Mon, 07 Jun 2010 10:55:31 +0000 Capucine Cousin http://owni.fr/?p=17657 Ils sont jeunes, et sortent tout juste d’école de journalisme ou de Sciences Po, voire sont encore étudiants. Leur premier réflexe en se frottant au monde du travail ? Lancer leur propre canard. Coup sur coup, plusieurs nouveaux journaux ont été lancés ces derniers mois. Pas de simples feuilles de chou distribuées aux potes ou dans les travées des amphis, non, de vrais canards, avec parfois un budget de lancement conséquent, ou de nouveaux circuits de distribution. J’ai connu quelques précédents, comme celui de Terra Eco, initialement lancé uniquement sur le Net et sur abonnements avant de franchir le pas de la sortie en kiosques, pour lequel j’avais participé au lancement les premières années.

Alors voilà, comme on parle (trop) souvent de la crise de la presse, il fallait parler de ces titres de presse papier – et encore… je ne parle pas ici de ces nouveaux pure players du web, tel Owni, alternatives aux Rue89 et autres Bakchich, dont je parlais dans ce papier pour 20minutes.fr.

Usbek & Rica, la nouvelle revue/livre vendue en librairies

C’est la dernière-née: lancée cette semaine, calquée sur le modèle à succès de la revue XXI, la revue trimestrielle Usbek & Rica est vendue exclusivement en librairies (et bien sûr par abonnements). Jolie maquette (quoi qu’un peu plus austère que celle de XXI), papiers fouillés, un peu de BD, photojournalisme et nouvelles, on est ici entre XXI, donc, mais aussi Wired, Technology Review, et les ex-Transfert et Futur(e)s.

Papier mat et épais, ce magazine pas donné (15 € le numéro) repose sur un modèle entièrement sans pub, comme XXI. Malin, son fondateur a donc misé sur un réseau de distribution particulier, les librairies, comme j’en parlais cette semaine dans ce papier. Point de détail non négligeable, Jérôme Ruskin a 26 ans. Et une bonne partie de l’équipe de fondateurs est dans la même moyenne d’âge. Pour mener ce projet a bien, il a réussi à boucler une première levée de fonds de 500 000 € auprès de plusieurs investisseurs en surfant sur la loi TEPA, et via un prêt Oséo. Pas mal. Et auprès d’investisseurs divers, comme Stéphane Distinguin, de la FaberNovel.

Snatch, “le shot culturel”

Ils n’ont pas osé “le shoot culturel” ;), j’aime bien ce bimestriel culturel qui balaie large, avec une maquette simple et élégante. Au menu de ce second numéro: sujet sympa sur “la tektonik est-elle morte?”, interview Robert Hue, analyse des stratégies marketing chez les littéraires médiatiques, retour sympathique sur le Paris skinhead des années 80 (jolie portfolio au passage), portrait de Jamie Lidell, et bien sûr des chroniques ciné, musique et jeux vidéos. Juste surprise de trouver quelques pages mode dont on ne sait pas trop ce qu’elles font là…

Reste à voir s’il se distinguera dans les nombreux magazines culturels indé déjà présents en kiosques…

L’imparfaite: revue érotique assumée

J’avoue, celui-là, je ne l’ai pas (encore) eu entre les mains, je l’ai glissé dans cette sélection de magazines lancés par des jeunes journalistes parce que ma voisine de bureau m’en a parlé… Mais on en avait déjà pas mal parlé, de ce magazine un peu cul lancé sous le manteau par des étudiants de Sciences Po, dont le numéro 1 a été lancé le 12 mai, disponible notamment dans la boutique Passage du désir à Paris, et en ligne. Ici encore, ce sont essentiellement des jeunes journalistes qui sont à l’origine du projet.

Dans cette revue vendue 10 €, entre livre et magazine, on trouve une soixantaine de photos inédites, des textes analytiques et des reportages. Au sommaire de ce premier numéro: le triolisme aquatique, le coup d’un soir, ” Youporn Wonderland”…

Mégalopolis: le Grand Paris à travers un mag

Non, il n’est pas question d’aménagement du territoire dans ce jeune magazine “du très grand Paris”, lancé notamment par des anciens de Sciences Po (à peu près tous banlieusards ;), L’équipe de Mégalopolis, conseillés notamment par Renaud Leblond, directeur de la Fondation Lagardère, et Christian Fevret, fondateur et directeur des Inrockuptibles.

Son numéro 2, qui vient de sortir en kiosques, aborde entre autres, avec un ton volontiers sarcastique, la question de “l’ennui en banlieue” (certes, le reportage se limite à Versailles, Champigny et Deuil-la-Barre), les universités en Île-de-France, comporte un sujet prospectif bien vu sur l’immigration en Île-de-France en 2050… Y a des sujets pédagos, historiques (Passé/Présent: La cité-jardin de Suresnes), politiques, ou bassement matériels (“Où pisser à Paris ?).

Vendu 3 euros, ce “magazine de la génération Grand Paris” vise avant tout un public jeune. Le premier numéro, tiré à 7 000 exemplaires, était distribué dans plus de 1 500 points de vente (kiosques, librairies…) dans toute l’Île-de-France.

__

Allez donc jeter un coup d’oeil sur notre “une” consacrée à Usbek et Rica ! /-)

Billet initialement publié sur le blog de Capucine Cousin, sous le titre “Usbek & Rica/Snatch/Megalopolis/L’Imparfaite: ils sont jeunes, ils en veulent…”

Crédits Photo CC Flickr : Splorp, Usbek et Rica, Snatch, Megalopolis, L’Imparfaite.

]]>
http://owni.fr/2010/06/07/ces-petits-jeunes-qui-se-lancent-dans-le-papier/feed/ 8
Usbek et Rica:|| beau et bon à la fois http://owni.fr/2010/05/28/usbek-et-rica-beau-et-bon-a-la-fois/ http://owni.fr/2010/05/28/usbek-et-rica-beau-et-bon-a-la-fois/#comments Fri, 28 May 2010 10:26:41 +0000 Admin http://owni.fr/?p=16812 Chez OWNI, on n’a toujours pas de bouton “imprimer cet article”. Pourtant, il faut pas croire, on aime bien le papier. Quand il sent bon et qu’il est beau. C’est le cas d’Usbek & Rica, nouveau venu dans un paysage en recomposition. Nous avons et le privilège de recevoir par courrier le numéro 1 de ce magazine culturel trimestriel disponible à partir du 3 juin.

D’entrée d’yeux, la maquette a suscité un unanime “ça déchire” dans l’openspace. Le contenu est à la hauteur des attentes. Un sommaire touffu déroulé sur 200 pages sans publicité, voilà qui détonne agréablement. Le traitement, tout aussi riche, mélange magazine, bande-dessinée et nouvelle. Jeune sans faire de jeunisme, exigeant sans être ennuyeux, culturel sans être élitiste, U&R traite l’actualité du moment et celle du futur en prenant le temps.

Le magazine emprunte son nom aux deux protagonistes du roman de Montesquieu Les Lettres Persanes, deux Perses venus observer l’Europe d’un œil faussement naïf. Fil conducteur de la lecture, le duo modernisé débarque du futur, portant sur nous le même regard décalé que leurs inspirateurs.

La bande-dessinée dans laquelle ils interviennent sépare le magazine en deux parties :

Côté présent, l’article sur Google que vous pouvez lire en exclusivité sur OWNI aujourd’hui ainsi qu’un dossier sur les champions du monde de la dictature, un reportage photo sur “les casseurs de pierre” du Burkina-Faso ou encore un long texte de Salman Rushdie sur l’Inde intitulé “Des hommes du Sud”. La transition vers le futur se fait par une uchronie rigolote et joliment illustrée: “Et si Bobby Kennedy n’avais pas été assassiné?”

Côté futur, on tombe nez à nez avec un article sur le papier toilette, sobrement intitulé “Le cul des riches préfère l’épaisseur triple”, et dont l’introduction se termine par ces mots : “Depuis toujours et pour longtemps, l’hygiène anale après défécation est un incontestable marqueur social et culturel”. Si avec ça, on a pas envie d’aller plus loin… Vous trouverez aussi un dossier sur l’immortalité, un autre sur le Nigéria. On termine le voyage par une plongée dans le web, “Vers un cerveau planétaire !”, constitué d’un long entretien avec Joël de Rosnay.

Et ce n’est pas là le sommaire exhaustif.

Fondateur et directeur de la publication, Jérôme Ruskin revendique une ligne éditoriale engagée, à mille lieux de la news froide et distante : “C’est d’abord une démarche personnelle. C’est l’intime conviction que le monde des idées peut être utile à tous, utile à préparer le monde de demain”, explique-t-il. La profession de foi est de la même teneur :

“C’est quoi nos valeurs ? Nos idéaux sont à la fois raisonnables et exaltants : la démocratie et la liberté, la beauté et la culture, la vérité et la justice. Ils nous servent à comprendre aujourd’hui et inventer demain. Et comme nous souhaitons prolonger nos réflexions par une démarche concrète, nous reversons un pourcentage de nos bénéfices au monde associatif. Parce que le futur n’est pas mort !”

Esprit des Lumières, es-tu là ?

Au vu de la qualité de ce premier opus, les 15 euros à débourser tous les trois mois apparaissent un investissement tout à fait raisonnable. Beau et bon à la fois, il s’inscrit dans la veine de XXI, dont il reprend le circuit de distribution atypique (grandes surfaces culturelles -FNAC, Virgin, Cultura, etc.-, “belles librairies indépendantes”, Relay et Maisons de la Presse au rayon livres).

Nous lui souhaitons autant de succès que son grand frère !

Histoire de vous allécher un peu plus en attendant sa sortie, voici le teaser, et un article sur Google en exclusivité.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Sortie le 3 juin  > Sur le site, on vous indique où acheter Usbek et Rica

]]>
http://owni.fr/2010/05/28/usbek-et-rica-beau-et-bon-a-la-fois/feed/ 8